Client d’une prostituée, il lui a «donné» 215 800 euros entre 2022 et 2023. Il estimait avoir été victime d’un chantage affectif. Le tribunal n’a pas retenu les charges, la dame est acquittée.
Entre l’escroquerie au chantage affectif de la part d’une prostituée ou une naïveté trop grande d’un client ayant développé des sentiments, le tribunal correctionnel d’Arlon a tranché dans ce mauvais remake de Pretty Woman! Au total, le client, un trentenaire, lui avait versé 215 800 euros en quelques mois en 2022 et 2023. La péripatéticienne est acquittée, le juge ayant estimé que ses manœuvres ne sont pas frauduleuses.
Certes, le tribunal indique qu’«en l’espèce, les seules déclarations ou messages écrits sur l’application WhatsApp, fussent-ils mensongers, ce qui est contesté, ne sont pas des manœuvres frauduleuses de l’escroquerie». Et ce, tout en soulignant que «la doctrine rappelle que le législateur n’est toutefois pas tenu de protéger l’imprudent ou le naïf. La protection des intérêts privés devant avant tout reposer sur la vigilance de chacun. La loi n’incrimine les manœuvres que lorsqu’elles sont de nature à déjouer les précautions de la plus sage prudence.»
L’homme disait avoir été victime d’un chantage affectif et réclamait l’argent versé. «Mon client se trouvait dans une situation de faiblesse au début, puis tout au long de la relation, avait expliqué son avocat, Me Damien Poncelet, lors de l’audience du 14 septembre. Il était fou amoureux. Il voulait se marier avec elle. Son psychiatre le confirme. Aujourd’hui il n’a plus rien!»
Après une première relation tarifiée où il avait payé 3 000 euros, «les demandes d’argent arrivent», avait poursuivi l’avocat, détaillant des sollicitations pour la scolarité de sa fille, les soins de santé de sa mère puis de son père malade. L’homme, qui avait reçu un héritage, lui a aussi promis de lui donner 250 000 euros pour acheter trois appartements et lui verse l’argent au fur et à mesure, parfois jusqu’à 20 000 euros en une fois. «En réalité, cet argent a été flambé par Madame. Elle se pavane sur les réseaux avec une voiture de collection qu’elle a fait repeindre en rose», avait encore précisé Me Poncelet.
«La prostituée est une actrice»
Du côté de la défense, Me Xavier Koener réfutait l’escroquerie, la dame assurant n’avoir jamais voulu surprendre la confiance de son client : «Quand on va au cinéma, on sait que ce sont des acteurs. La prostitution, c’est la même chose. La prostituée est une actrice. Elle dit que son client est le plus beau, le plus intelligent, qu’elle n’a jamais pris autant de plaisir qu’avec lui. C’est son travail! Les clients doivent le savoir.»
L’avocat de la défense expliquait aussi avoir traduit les 273 pages de messages écrits en anglais sur WhatsApp, précisant que c’est Monsieur qui disait vouloir lui donner de l’argent : «Il lui fait des cadeaux alors que ma cliente n’a rien demandé. Il lui écrit : même si tu étais une arnaqueuse, je te donnerais quand même. Monsieur a déposé plainte, mais il écrit toujours à ma cliente, qui ne lui répond plus.»
Le parquet, représenté par le substitut Yannick Rosart, considérait, lui, que la manœuvre était frauduleuse, réclamant un an de prison, vu le préjudice important, mais l’absence d’antécédents chez la prévenue. Il n’aura donc pas été entendu par le juge.
(L’Avenir)