Un homme natif de Longwy a, pendant huit ans, fait miroiter de belles affaires en ligne et empoché un butin colossal : près d’un demi-million d’euros soutiré à d’innombrables victimes.
René a économisé pendant des décennies pour s’offrir un joli bolide. En 2019, une annonce en ligne lui tape dans l’œil : une Porsche Cayenne au prix de 56 350 euros. Rien de louche en apparence, la société derrière l’offre lui transmet un RIB et cet habitant de Carquefou (Loire-Atlantique) vire la somme demandée. Il ne recevra jamais le véhicule acheté et ne reverra pas le moindre centime dépensé.
En réalité, derrière la société écran par laquelle il vient de se faire arnaquer se cache Alain P. On pourrait qualifier ce natif de Longwy, âgé aujourd’hui de 63 ans, de professionnel de l’escroquerie. René est loin d’être sa première victime, ni même sa dernière. Dans l’affaire qui a occupé le tribunal correctionnel de Val de Briey, ce mardi 20 octobre, le sexagénaire, déjà condamné à dix-sept reprises, était poursuivi pour une vingtaine de faits de la sorte commis partout en France et au-delà des frontières. Au Luxembourg, en Belgique, en Espagne, jusqu’au Danemark.
Vingt-six comptes bancaires
En novembre 2023, Maggy pensait acquérir un camping-car. Elle n’aura rien de plus qu’un trou de 46 000 euros sur son compte en banque. Idem pour Adélio, qui a déboursé 32 000 euros dans le vent, croyant s’offrir une Mercedes classe C. David, lui, a eu l’honneur de rencontrer l’escroc en personne. «On avait rendez-vous à Villers-la-Montagne pour un Renault Espace en vente à 25 000 euros», se souvient-il. La voiture est conforme à ses attentes, il effectue le virement. «Je n’ai plus eu de nouvelles de sa part.»
En plus de ses arnaques à la vente de véhicules, Alain Philippe faisait aussi dans le bois, l’alcool ou les appareils informatiques. Parfois, il passait même de l’autre côté de la transaction et endossait le rôle de l’acheteur, à la différence qu’il ne payait pas. Au total, le préjudice causé à toutes ses victimes culmine à environ 470 000 euros. Des fonds qui ont transité entre ses vingt-six comptes bancaires, ou sur les onze de son ex-compagne et les huit de son fils, renvoyés quant à eux devant le tribunal pour complicité d’escroquerie et blanchiment.
Comme tout bon escroc qui se respecte, Alain Philippe, à l’instar de ses complices, ne s’est pas présenté à son procès. «Il a comparu une fois en procédure (en gardant le silence) et depuis il est en fuite, rapporte Sophie Partouche, procureure de la République. Un mandat d’arrêt européen a été pris à son encontre. On ne l’a jamais revu.» La parquetière a requis quatre ans de prison ferme à son encontre et du sursis pour ses proches.
Condamné à quatre ans de prison
En défense, on a tenu à apporter quelques nuances. «Pour caractériser une escroquerie, il faut des manœuvres frauduleuses. Là, ce sont de simples mensonges», estimait l’avocat du prévenu principal. Son confrère, qui représentait les intérêts des deux complices, a aussi plaidé la relaxe.
Mais la juridiction valdobriotine s’est alignée dans les grandes lignes avec les réquisitions du ministère public : un nouveau mandat d’arrêt pour Alain P. avec quatre ans de détention à la clé, respectivement 16 et 12 mois de sursis pour son ex-compagne et son fils.
Les intérêts civils à rembourser s’élèvent à plus de 160 000 euros, dans l’attente d’une prochaine audience sur l’action civile.
Alexis Vaury
(Le Républicain lorrain)