Son métier est de «protéger les faibles». Une garantie qui devrait le prémunir de ce dont on l’accuse, mais ne suffit pas à convaincre la substitut attachée au consentement.
Un garde du corps accusé d’agressions sexuelles
«Je suis passée à l’acte volontairement au début», s’est souvenue Caterina ce mercredi après-midi. «Un ami m’a écrit un message pour me rappeler que je devais le conduire à l’aéroport.» La jeune femme a voulu mettre un terme à la relation sexuelle, mais Kevin ne l’aurait pas entendu de cette oreille. «Il n’a pas voulu arrêter parce qu’il n’avait pas fini. J’ai essayé de le repousser.» La victime présumée raconte s’être figée et avoir versé des larmes. «Je pense qu’il s’est rendu compte de ce qu’il faisait et il a arrêté.»
Ce garde du corps de 40 ans est entre autres accusé de deux viols avec violence par deux femmes différentes à deux ans d’intervalle : Caterina et Mory, l’ex-épouse du prévenu. Cette dernière ne s’est pas présentée aux audience de mardi et mercredi. L’actuelle compagne de Kevin a une explication pour cette absence.
«Elle m’a raconté ne pas souhaiter se présenter face au tribunal par peur de se faire arrêter par la police. Elle serait obligée de dire la vérité», note la témoin, qui a esquissé un portrait nuancé de Kevin entre «impulsivité», «fougue», «bienveillance» et «intolérance aux mensonges».
Le prévenu conteste les accusations. Il rapporte une autre version des viols allégués. Il se serait senti piégé par Caterina, qu’il aurait prise pour «une fille facile». Il n’aurait jamais été question de conduire un ami à l’aéroport, indique Kevin à la barre de la 12e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg.
Quant au viol allégué sur son épouse, le prévenu reconnaît qu’il avait eu envie d’une relation sexuelle après avoir consommé de la cocaïne. «On a commencé jusqu’à ce qu’elle pète les plombs total» quand il lui a proposé de la cocaïne. Il assure ne pas l’avoir forcée «à quoi que ce soit». «Je pense qu’elle s’est mise en furie parce que la veille je lui avais annoncé que j’allais m’installer chez ma copine et que je voulais m’amuser. (…) Elle a dû vouloir se venger de mes infidélités.»
Le président lui rappelle qu’elle était couverte d’hématomes. «Je l’ai blessée en essayant de la tenir pour la calmer.» Kevin ne serait pas violent envers les femmes. «Je déteste qu’on me prenne pour quelqu’un que je ne suis pas. Toute ma vie, j’ai voulu défendre les faibles», assure le garde du corps. «Si j’avais voulu les violer, avec mon physique, vous pensez vraiment qu’elles auraient réussi à se débattre?»
Un «simple non suffit»
Les intentions du prévenu étaient claires pour la substitut du procureur : elle conclut à une tentative de viol avec violence et menace sur conjoint ainsi qu’à un viol avec violence sur Caterina et requiert une peine de 7 ans de prison ferme contre Kevin. «Il ne mérite pas de sursis. Il s’est acharné à dénigrer ses victimes» et n’aurait pas d’excuse.
Pour la magistrate, Kevin serait passé outre l’absence de consentement de ses partenaires. «Peut-on parler de consentement libre quand on propose une fellation alors qu’on craint pour sa vie?», souligne-t-elle après avoir précisé que l’ex-épouse avait indiqué aux policiers penser «qu’il allait lui briser la nuque», lui qui «est capable de soulever 200 kilogrammes de fonte» et que «six policiers n’étaient pas de trop pour le maîtriser».
Mory aurait «fini par résister en serrant les dents et en bougeant la tête de gauche à droite» pour éviter l’acte sexuel. S’il n’y a pas eu pénétration et donc viol, ce ne serait pas du fait de Kevin.
Caterina, petit bout de femme, aurait été à sa merci, Kevin n’ayant pas respecté son refus de poursuivre leur rapport sexuel et lui aurait plaqué une main sur la bouche pour l’empêcher de crier. «Il ne pouvait pas ignorer qu’elle n’était pas consentante», estime la substitut, pour laquelle un «simple non suffit».
Encore faut-il que les victimes disent la vérité. Or l’avocat de la défense soutient que ce n’est pas le cas. Il accuse Caterina d’avoir menti à la police et de ne pas s’être présentée à l’expertise de crédibilité. La version de Mory «ne tient absolument pas la route». Il sous-tend qu’elle se serait trouvée sous l’empire de la cocaïne lors de son audition par la police. «Elle lui a proposé une fellation, ce n’est pas lui qui lui en a imposé une», argumente-t-il. L’avocat conclut en demandant au tribunal d’acquitter son client.
Le prononcé est fixé au 26 novembre.