CINÉMA Qu’on se sente d’humeur rieuse ou nostalgique ou qu’on ait envie de se sentir dérangé, le cinéma d’horreur aussi en a pour tous les goûts. La preuve par cinq.
Halloween, c’est dans dix jours. Pour se préparer au mieux à se faire peur ou se donner quelques idées de costumes, on n’hésitera pas à replonger dans les classiques indémodables du cinéma d’épouvante : The Exorcist, The Texas Chainsaw Massacre, Carrie, les sagas Scream, Friday the 13th, Freddy… On peut choisir aussi de piocher parmi les perles rares qui ont, elles aussi, du frisson à revendre, dont voici un tour d’horizon en cinq exemples et autant d’ambiances.
Creepshow : Halloween nostalgique
Stephen King et George A. Romero ont beau être considérés comme des papes de l’épouvante, la passion et le cœur qu’ils mettent à terrifier le public ne naît pas de nulle part : enfants, eux aussi ont dévoré les comics horrifiques (Tales from the Crypt, Weird Tales…) et la série The Twilight Zone. En 1982, ils joignent leurs forces pour inventer leur propre anthologie d’horreur et rendre hommage à leurs aînés. Six contes moraux horrifiques écrits par King, dans lesquels se succèdent morts-vivants, pères ou maris violents, plantes extraterrestres et monstres assoiffés de sang. Follement rétro et taillé pour (presque) tous les publics, Creepshow condense le meilleur de l’horreur. Et si le casting est on ne peut plus «eighties» (Leslie Nielsen, Adrienne Barbeau, Hal Holbrook, un jeune Ed Harris et même Stephen King en personne), la joie de les voir s’amuser à nous faire peur ne se démode pas.
Tucker & Dale vs. Evil : Halloween délirant
Moins connu que Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004), moins culte qu’Army of Darkness (Sam Raimi, 1992), Tucker & Dale vs. Evil se pose comme l’une des meilleures comédies horrifiques en inversant les dynamiques du slasher. Une bande d’étudiants passe un week-end dans la même forêt où Tucker et Dale, deux campagnards gentils comme tout mais naïfs et maladroits, viennent d’acheter une cabane pour mener une retraite pépère. Pour les jeunes, biberonnés aux films d’horreur, cela ne fait aucun doute : les deux «rednecks» sont des tueurs en série qui comptent faire d’eux leurs prochaines victimes. Derrière la farce sanglante, le scénariste et réalisateur Eli Craig détourne avec intelligence les clichés immortalisés par Friday the 13th, Sleepaway Camp et consorts. Une simple parodie? Non : une drôle de déclaration d’amour.
Tusk : Halloween malaisant
En 2011, Kevin Smith s’est éloigné des comédies geeks qui l’ont rendu célèbre (Clerks, Mallrats, Dogma…) en livrant son premier film d’horreur, Red State, où trois ados avides de sexe sont pris au piège d’une communauté de fanatiques religieux. Trois ans plus tard, le réalisateur persiste et signe avec son film le plus étrange et dérangeant. Dans Tusk, c’est un animateur de podcast qui se retrouve prisonnier d’un vieux pêcheur en fauteuil roulant qui veut réaliser son rêve : transformer un être humain… en morse. Véritable tragédie sous couvert de «body horror», Tusk doit beaucoup à The Fly (David Cronenberg, 1986). Car une fois que le synopsis nous a fait rire, ne reste plus que de pures visions d’horreur qui, elles, n’ont pas fini de nous hanter.
The Lords of Salem : Messe noire pour Halloween
Les cultissimes House of 1000 Corpses (2003) et sa suite, The Devil’s Rejects (2006), ainsi que le carton au box-office qu’a été son remake de Halloween (2009) dissimulent largement les joyaux cachés dans la filmographie de Rob Zombie. Dans The Lords of Salem (2012), sans doute son chef-d’œuvre, quatre sorcières tuées au XVIIe siècle reviennent se venger 400 ans plus tard et invoquent le retour de l’Antéchrist par l’entremise d’un mystérieux groupe de metal. Rob Zombie marie sorcellerie, guitares hurlantes et visuels psychédéliques pour ce film qui s’impose comme une œuvre gothique virtuose, dans la lignée de Ken Russell, Dario Argento et Alejandro Jodorowsky.
Shadow of the Vampire : Halloween luxembourgeois
Des films d’horreur tournés au Luxembourg, il y en a eu, et pas qu’un peu, du très dérangeant Calvaire (Fabrice Du Welz, 2004) au film de loup-garou déjà culte Kommunioun (Jacques Molitor, 2022). En plus d’être tourné intégralement au Grand-Duché (au château de Vianden, à Dudelange ou encore dans les actuels locaux du Trois C-L à Bonnevoie), Shadow of the Vampire s’amuse aussi à réinventer une page d’histoire du cinéma. Produit par Nicolas Cage, ce film de l’Américain E. Elias Merhige raconte le tournage du classique de Murnau Nosferatu en partant de la légende urbaine selon laquelle l’acteur Max Schreck serait réellement un vampire. Tout en rendant hommage à l’esthétique du cinéma muet, Shadow of the Vampire est autant une satire sur les affres de la création qu’un vrai récit d’épouvante, porté par un Willem Dafoe tout bonnement terrifiant.