Débattue mercredi à la Chambre, une pétition voudrait rendre obligatoire l’apprentissage du luxembourgeois. L’OGBL y est opposé et plaide pour un meilleur accès à la formation sur le temps de travail.
Ce 21 octobre, une pétition demandant l’obligation d’apprendre le luxembourgeois pour les personnes vivant ou travaillant durablement au Luxembourg sera débattue devant la Chambre des députés. Ouverte aux signatures le 26 mars dernier, elle a été paraphée plus de 8 200 fois, soit un chiffre largement au-dessus du seuil des 5 500 signatures permettant d’ouvrir le débat public.
L’auteur, David Delvaux, explique ses motivations après avoir observé que «dans la vie quotidienne, on constate de plus en plus de situations où la communication en luxembourgeois devient difficile, voire impossible. Cela ne concerne pas uniquement le secteur public, mais aussi de nombreux domaines de la vie quotidienne.» Il cite en exemple les hôpitaux et établissements de santé, les maisons de retraite et structures de soins, les écoles et structures d’accueil pour enfants et jeunes ou encore les pharmacies.
À travers ce document, il demande notamment que la langue luxembourgeoise soit reconnue comme langue d’intégration à apprendre obligatoirement pour les personnes qui vivent ou travaillent durablement au Luxembourg, et que les employeurs soient encouragés ou obligés à offrir à leurs employés la possibilité d’apprendre le luxembourgeois.
Ces propositions font réagir le département des Immigrés de l’OGBL, qui prend position, ce lundi, contre certaines revendications de cette pétition. «Rendre l’apprentissage du luxembourgeois obligatoire dans le monde du travail constituerait une mesure d’exclusion sociale et professionnelle, en particulier pour les travailleurs et travailleuses issus de l’immigration et pour les frontaliers», souligne le syndicat, qui rappelle le caractère multilingue de la société luxembourgeoise et le poids des frontaliers dans son économie.
«Imposer une obligation linguistique supplémentaire, sans garantir les conditions nécessaires d’accès à la formation, reviendrait à fragiliser de nombreux salariés et à aggraver les tensions sur le marché du travail», poursuit l’OGBL.
Des congés difficiles à utiliser
Le syndicat en profite pour pointer une situation inadaptée dans le droit du travail. Aujourd’hui, le congé de formation et le congé linguistique peuvent permettre à celles et ceux qui le souhaitent d’apprendre des langues, avec une prise en charge partielle du salaire par l’État. Ces congés peuvent atteindre 80 jours sur l’ensemble d’une carrière.
Malheureusement, ils restent difficilement applicables «en raison de contraintes organisationnelles, du manque de remplacement ou du refus de certains employeurs de libérer du temps pour la formation pendant les heures de travail». Aussi, après une journée de travail éprouvante, suivre des cours de langue est difficile pour beaucoup de salariés, et chacun apprend à son rythme.
«Les autorités publiques doivent tenir compte de la diversité de ces situations et garantir des modalités d’apprentissage adaptées, afin que l’exigence linguistique ne devienne pas un obstacle disproportionné à l’accès à l’emploi ou au maintien dans celui-ci», appuie le syndicat.
L’OGBL est contre le fait que l’on impose l’apprentissage du luxembourgeois comme condition d’accès ou de maintien dans l’emploi, mais souhaite que l’apprentissage de la langue soit encouragé.
Comment? Via un accès réel à la formation pendant le temps de travail, une meilleure information des salariés quant à leurs droits et le renforcement des dispositifs existants.
«Le département des Immigrés de l’OGBL revendique une politique linguistique basée sur les droits, les moyens et les conditions réelles de formation, et non sur des obligations déconnectées de la réalité du terrain», conclut le syndicat.