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[Cinéma] «You Can See Everything» : face-à-face avec l’escroc 


(Photo : a24)

Après la mini-série The Dropout, voici un documentaire qui chronique les derniers jours d’Elizabeth Holmes, star déchue de la Silicon Valley, avant son incarcération. Un thriller psychologique choc pour un fait divers qui l’est tout autant. 

Qui est vraiment Elizabeth Holmes, cette entrepreneuse star qui a subjugué la Silicon Valley avec sa promesse de révolutionner les tests sanguins, avant de tomber en disgrâce et d’être incarcérée pour fraude? Voilà le mystère auquel s’attaque le documentaire You Can See Everything, en offrant une plongée intime dans le quotidien de l’ex-prodige des biotechnologies, lors de ses 34 derniers jours de liberté.

Encensée comme une «Steve Jobs au féminin», l’Américaine avait fait sensation avec sa start-up Theranos, société qui jurait pouvoir réaliser des analyses médicales à partir de seulement quelques gouttes de sang. Son projet a obtenu le soutien financier de personnalités de renom comme Rupert Murdoch, Carlos Slim ou Henry Kissinger, faisant d’elle une milliardaire sur le papier. Jusqu’à ce que son échec éclate au grand jour et qu’elle soit finalement condamnée en 2022 à onze ans de prison pour avoir fraudé et floué les investisseurs.

Le scandale, entré dans les annales comme la plus grande arnaque de la Silicon Valley, a déjà inspiré une mini-série (The Dropout, avec Amanda Seyfried), un livre et plusieurs podcasts. Mais You Can See Everything apporte un regard exclusif sur cette icône déchue de la tech. Le film, qui sort jeudi aux États-Unis (et probablement en novembre au Luxembourg), la suit chez elle, aux côtés de son conjoint entrepreneur Billy Evans et de leurs deux enfants.

Proche de la téléréalité 

Réalisé par Nathan Fielder et Lance Oppenheim, le documentaire fraye avec la téléréalité. Le premier, invité par Elizabeth Holmes à vivre chez elle, y est même d’une présence constante, un étranger qui confronte régulièrement l’entrepreneuse dans de nombreuses séquences filmées en gros plan. L’expérience a été «triste et difficile», selon les cinéastes, mais surtout déroutante.

Je crois que je ne suis toujours pas sûr de ce que j’ai vécu

«Je crois que je ne suis toujours pas sûr de ce que j’ai vécu, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis impatient que le film sorte et que davantage de gens le voient», a confié Nathan Fielder lors d’une récente projection en avant-première à Los Angeles. Selon les réalisateurs, c’est Elizabeth Holmes qui a contacté le studio A24 pour filmer son quotidien. Le choix s’est ensuite porté sur eux pour exécuter le projet. Mais les cinéastes disent n’avoir toujours pas compris pourquoi.

Cohabitation 24 heures sur 24

Lance Oppenheim avoue que ni Elizabeth Holmes ni Billy Evans n’étaient familiers avec leur travail lorsqu’ils leur ont donné un accès illimité à leur intimité. «Il n’y a jamais eu d’explication détaillée» sur ce choix, poursuit Nathan Fielder, ni sur les raisons qui ont poussé l’entrepreneuse à passer son dernier mois de liberté en compagnie d’un étranger et de caméras. «J’aime à penser que je suis quelqu’un de bien, mais même ainsi, je ne me choisirais pas moi-même!», a-t-il plaisanté.

(Photo : a24)

Au fur et à mesure du projet, le couple a autorisé le réalisateur à vivre 24 heures sur 24 dans leur maison. Il a fini par se retrouver devant la caméra face à Elizabeth Holmes, car «c’était la seule façon d’avoir également quelqu’un qui, d’une certaine manière, remette en cause ses délires sur certains sujets». Les face-à-face entre le cinéaste et l’entrepreneuse distillés dans la bande-annonce ont d’ailleurs suscité beaucoup d’intérêt autour de ce film dévoilé au festival de Telluride.

«On voit qu’elle maintient un contact visuel très intense, et à un moment donné, cela m’a mis mal à l’aise car j’avais l’impression qu’elle n’allait jamais s’arrêter. Alors, je baissais la tête ou je détournais le regard», a raconté Nathan Fielder, qui a appris à tenir tête à Elizabeth Holmes pour ne pas «gâcher le moment». La cohabitation a généré des tensions, d’après les réalisateurs. Billy Evans a, selon eux, tenté d’exercer un contrôle sur la production, mais ils n’ont jamais été expulsés de la maison. Ni lui ni Elizabeth Holmes, toujours en prison, n’ont vu le montage final.

You Can See Everything, de Nathan Fielder et Lance Oppenheim. 

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