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[Exposition] Renoir, Monet, Degas et les autres


(Photo : tom lucas/mnaha)

«Incroyable mais vrai» : le MNAHA accueille une rare exposition dédiée aux impressionnistes, avec des œuvres puisées dans la très prestigieuse collection Rau.

Historique à plus d’un titre. Le musée national d’Archéologie, d’Histoire et d’Art (MNAHA) avait déjà accueilli à de nombreuses reprises, au fil de ses expositions collectives, des œuvres impressionnistes – ou d’artistes assimilés de près ou de loin au groupe, à l’instar de Berthe Brincour, dont la première grande rétrospective se poursuit au MNAHA jusqu’au 10 janvier. Quant aux expositions entièrement dédiées à ce mouvement artistique fondé à Paris en 1874, outre qu’il faille remonter loin dans le temps pour en retrouver la trace, elles s’intéressent au sujet sous un angle exclusivement luxembourgeois («Étapes de l’art luxembourgeois. Des impressionnistes aux expressionnistes» en 1963; l’exposition monographique dédiée à Dominique Lang en 1953).

Dans «From Renoir to Monet», visible jusqu’au 4 avril 2027, «tous les grands noms de l’impressionnisme sont là», assure le commissaire, Ruud Priem : Degas, Sisley, Pissarro, Caillebotte, Bonnard, sans compter les deux précurseurs du mouvement, Gustave Courbet et Édouard Manet, et les deux maîtres cités dans le titre de l’exposition. On imagine le curateur comme un enfant dans un magasin de jouets lors de la conception de cette exposition : en effet, celle-ci a été rendue possible grâce à un échange de collections avec l’Arp Museum Banhof Rolandseck, où est conservée la collection Rau pour l’Unicef, l’une des plus importantes collections privées d’Europe. Tania Brugnoni résume : «Le musée Arp a proposé de choisir ce qu’on voulait dans la collection Rau, et Ruud Priem est allé vers les impressionnistes.» En échange, le musée allemand présente une sélection d’œuvres des «maîtres anciens» de la collection du MNAHA, dont le chef-d’œuvre de Rosso Fiorentino Bacchus, Vénus et Cupidon (1535), qui y est «présenté sous une lumière époustouflante», selon la directrice.

Effets d’optique

Derrière le titre vague de l’exposition, il y a un fil rouge : présenter l’impressionnisme comme une révolution du regard, dans une fin de siècle déjà propice aux transformations – économiques, politiques, urbanistiques, médicales ou, bien sûr, artistiques. Une manière de remettre au centre de la visite le sens de l’observation, largement sollicité ici. C’est même le nom de la première salle de l’exposition, dédiée aux paysages : «Un nouveau regard sur le monde». Que l’on essaie de distinguer, de près ou de loin, les couleurs formant le ciel brumeux du Paysage de neige (1878) de Gustave Caillebotte ou les coups de pinceau nets et ondoyants de Claude Monet quand il peint la Seine dans l’Inondation (1881), l’effet est radicalement différent.

Tous les grands noms de l’impressionnisme sont là

Ruud Priem, commissaire d’exposition

Les impressionnistes sont «des maîtres des effets d’optique», capables de «faire croire au mouvement» même dans les scènes les plus figées, note Ruud Priem. La scénographie, joliment pensée, s’en amuse également : les imprimés des banquettes installées au centre de chaque salle reprennent chacun un détail d’une toile particulière. Agrandis et isolés, les motifs deviennent presque abstraits, de la même manière que, lorsqu’on scrute les tableaux de près, les formes s’effacent au profit des mélanges de couleurs. La visite prend alors une allure de jeu, où l’on tentera de relier le visuel de la banquette à l’œuvre exposée.

De Monet à Steichen

Les autres thèmes autour desquels tourne l’exposition concernent l’atelier de l’artiste (où cohabitent natures mortes, représentations d’écoles de peinture et un autoportrait tardif d’Edgar Degas), la figure humaine (les impressionnistes ayant délaissé les figures mythiques pour peindre des personnages du quotidien), les transformations de la ville (les artistes rendent compte du progrès à Paris, Amsterdam ou Madrid) et les visages au fil du temps (soit l’aspect plus intimiste de l’impressionnisme). Le musée ne manque pas de faire dialoguer les œuvres prêtées avec l’art luxembourgeois : Le Barrage (1913) de Dominique Lang (dont Ruud Priem rappelle qu’il «découvre Pissarro et Monet lorsqu’il étudie à Munich» au début du XXe siècle) est ainsi considérée comme une œuvre impressionniste même si, au moment de sa réalisation, le courant avait pris fin depuis 30 ans. Deux photos d’Edward Steichen, l’une d’un paysage au clair de lune, l’autre d’une silhouette féminine nue, sont elles mises en relation avec des tableaux de Claude Monet et Gustave Courbet, respectivement – la Bacchante (1844-1847) de Courbet ne sera exposée qu’à partir de novembre, une reproduction est visible en attendant.

Cette plongée dans la collection Rau permet encore de mettre en avant des figures plus obscures de l’impressionnisme, voire des toiles peu connues signées de noms prestigieux. On y découvre ainsi des toiles du Danois Laurits Tuxen, dont un envoûtant Lever de lune (1909), l’impressionnisme intimiste de l’Américaine Mary Cassatt, les scènes quasi surréalistes de Maurice Denis ou le Pêcheur à l’épervier (1868) de Jean-Frédéric Bazille, rare exemple de paysage peuplé d’hommes nus. «Bazille, qui était un ami proche de Monet et Renoir, était extrêmement doué», explique Ruud Priem. «Il aurait pu être l’un des grands peintres de son époque s’il n’était pas mort si jeune», tué à l’âge de 28 ans lors de la guerre de 1870. Un chef-d’œuvre méconnu qui, loin d’éclipser les autres, renforce l’émerveillement procuré par les toiles des impressionnistes, dont l’héritage perdure jusqu’à aujourd’hui.

Jusqu’au 4 avril 2027. MNAHA – Luxembourg.

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