L’actrice américaine Eva Marie Saint, qui a marqué le cinéma hollywoodien des années 1950 avec ses rôles dans On the Waterfront d’Elia Kazan et North by Northwest d’Alfred Hitchcock, est décédée mardi à l’âge de 102 ans, a annoncé son agent.
La comédienne oscarisée, dont la carrière au cinéma, à la télévision et au théâtre a duré plus de 70 ans, est morte «de causes naturelles, entourée de sa famille et de ses proches (…) à son domicile de Los Angeles», a-t-il expliqué dans un communiqué. L’inoubliable partenaire de Cary Grant dans le chef-d’œuvre d’Hitchcock North by Northwest (1959) avait été encensée par Hollywood dès sa première apparition à l’écran en 1954, aux côtés de Marlon Brando, dans le film d’Elia Kazan On the Waterfront. Ce rôle lui vaut l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle.
Eva Marie Saint brille également au théâtre, à Broadway (New York), Los Angeles, Washington comme dans les petites villes américaines. Passionnée dès le lycée, elle a «régulièrement besoin de retrouver les planches». Pour moi, avoue-t-elle, «monter une pièce, c’est comme être enceinte : un rôle de théâtre, c’est comme un enfant, il est à vous pour toujours». Jouer pour la télévision est aussi resté longtemps un plaisir pour celle qui y a débuté, jeune fille. En 1990, après cinq nominations, elle remporte son premier Emmy Award, pour la série People Like Us, sur NBC.
Née le 4 juillet 1924, près de Newark (New Jersey), de parents quakers qui, dit-elle, lui transmettent force et rigueur, Eva Marie Saint se destine à l’enseignement. Elle entreprend des études de lettres à l’université de Bowling Green, mais en sort diplômée en art dramatique après s’être découvert une passion pour le théâtre. Son professeur la décourage. Cependant, elle persévère et, tout en interprétant de petits rôles dans des pièces radiodiffusées puis télévisées, elle suit les cours de l’Actors Studio à New York, sous la direction notamment d’Elia Kazan, un des fondateurs. Le public et les critiques lui donnent raison puisqu’en 1953 elle est récompensée par un Drama Critics Award pour son jeu dans The Trip to Bountiful, de Horton Foote, à Broadway.
Deux étoiles à Hollywood
Sur grand écran, Saint explose dès sa première apparition dans On the Waterfront. «Elle était juste parfaite (…) Tout le monde l’aimait, moi tout spécialement», dira Kazan. L’actrice confiera avoir été «en admiration» devant Brando qui lui donnait l’impression de «la connaître mieux qu’elle-même». Elle le comparait à un «colibri» pour sa sensibilité extrême et son côté insaisissable : «J’ai du respect pour d’autres merveilleux acteurs» mais Brando est le seul à m’avoir «intimidée», jusqu’à ce que je me détende «puisqu’après tout, je venais aussi de l’Actors Studio».
Après North by Northwest, face à Cary Grant et James Mason, Saint enchaîne les succès dans plusieurs films cultes, comme Raintree County (Edward Dmytryk, 1957) avec Montgomery Clift et Elizabeth Taylor, ou Exodus (Otto Preminger, 1960), avec Paul Newman. Après Loving (Irvin Kershner, 1970), sur la libération sexuelle de la fin des années 1960, l’actrice tourne majoritairement des téléfilms. «On fait de moins en moins de films, surtout les histoires d’amour, comme je les aime. C’est pourquoi, je préfère me consacrer à la télévision.» En outre, «il n’y a plus de rôle quand on a dépassé vingt ans», déplorait-elle.
On la retrouvera à 82 ans, dans Superman Returns (Bryan Singer, 2006) et, à 90 ans, dans Winter’s Tale (Akiva Goldsman, 2014). Elle vivait près de Los Angeles, non loin des deux étoiles à son nom, pour le cinéma et la télévision, apposées sur le Hollywood Walk of Fame.