Au scénario de The Social Network, Aaron Sorkin prend ce coup-ci la caméra pour s’attaquer une nouvelle fois à Facebook, seize ans après. Découverte.
Affaiblissement de la démocratie, prolifération des discours de haine, santé mentale des jeunes négligée… Seize ans après le multiprimé The Social Network, Aaron Sorkin livre avec The Social Reckoning une nouvelle charge, sans concession, contre Facebook et son fondateur Mark Zuckerberg.
Le réalisateur américain (auteur notamment de The Trial of the Chicago 7), scénariste à l’époque du film réalisé par David Fincher, met cette fois en scène l’enquête accablante des Facebook Files réalisée par le Wall Street Journal en 2021 et basée sur des milliers de documents internes fournis par la lanceuse d’alerte Frances Haugen, interprétée par Mikey Maddison.
Jeremy Allen White y incarne le journaliste Jeff Horwitz, qui avait mis au jour plusieurs scandales comme l’existence d’une étude interne ignorée prouvant la nocivité d’Instagram sur les adolescents ou encore une modification des règles de l’algorithme favorisant le partage de discours de haine, d’appels à la violence ou de fausses informations.
Placé sur le banc des accusés, Mark Zuckerberg (Jeremy Strong) n’occupe dans le film qu’un rôle secondaire. Il prépare une audition devant le Congrès américain pour évoquer le rôle des plateformes dans la modération des contenus, se posant en défenseur d’une liberté d’expression absolue, sans aucune modération y compris à l’égard des fausses informations.
Presse traditionnelle
«Dans The Social Network, j’ai essayé de comprendre ses motivations et de me glisser dans sa tête», raconte Aaron Sorkin. «Il joue un rôle différent dans ce film où je le fais développer son argumentaire, pour au final le confronter aux conséquences de ce qu’il a fait», poursuit le cinéaste, qui présente Mark Zuckerberg comme un antihéros plutôt qu’un véritable méchant. The Social Reckoning est avant tout un film sur le journalisme, à l’image de grands classiques comme All the President’s Men (1976), Spotlight (2015) ou Pentagon Papers (2017).
J’ai essayé de comprendre ses motivations et de me glisser dans sa tête
«C’est une histoire de lanceur d’alerte, une histoire de journalisme», insiste le réalisateur. «Je trouve formidable qu’il y ait des nouvelles sources d’information, indépendantes. Parallèlement, ce que je ne trouve pas merveilleux, c’est que ces nouveaux médias, pour s’imposer, ont dû en quelque sorte démolir les médias traditionnels», déplore celui qui a aussi créé la série The Newsroom. «Les gens ont perdu confiance dans ces sources traditionnelles d’information, alors qu’ils n’auraient pas dû», affirme-t-il.
Donald Trump absent
Le film illustre une forme de rebuffade de la presse écrite traditionnelle contre les réseaux sociaux, devenus au fil du temps la première porte d’entrée vers l’information pour une partie de la population. «J’aimerais voir Hollywood faire plus de films où les journalistes sont les héros», plaide Aaron Sorkin. L’acteur Jeremy Allen White souscrit, lui, au mantra de son personnage dans le film : «Tout le monde a une voix, mais tout le monde ne mérite pas un micro».

(Photo : sony pictures)
Le film, qui multiplie les allers-retours dans le temps, s’achève sur l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, présenté comme une conséquence directe de la politique de non-modération de Facebook, rebaptisé Meta depuis. Une scène lors de laquelle Donald Trump n’est jamais nommé, car le réalisateur dit avoir voulu éviter que son long métrage donne lieu à un «débat» sur le président américain. Tout comme un cabinet d’avocats a été recruté pour passer le scénario au crible afin d’éviter des poursuites de Meta.
The Social Reckoning, d’Aaron Sorkin. Sortie mercredi.