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La parole de l’oncle contre celle de la nièce


La victime présumée ne s'est pas rendue à l'expertise de crédibilité. (Photo : archives editpress)

Faute de preuves tangibles incriminant son client, Me Kreutz réclame son acquittement. Seize ans après les faits allégués, sa nièce l’accuse d’abus sexuels.

En décembre 2021, une jeune femme dépose plainte contre son oncle auprès de la police. Son sang n’a fait qu’un tour et tout est remonté à la surface. Elle n’aurait pas supporté de voir sa petite fille sur les genoux de son oncle et décide de le dénoncer. Sabrina se serait tue pendant une dizaine d’années par peur de ne pas être crue par ses proches. «J’avais honte, ma famille me connaissait comme une guerrière. (…) J’avais juste téléphoné à ma maman pour lui demander de me tirer de là.»

Mario, 51 ans, ne comprend pas pourquoi sa nièce de 31 ans l’accuse de viols et d’attentats à la pudeur entre ses 13 et ses 15 ans. Elle ne se souvient plus exactement. À l’époque, la jeune femme aujourd’hui âgée de 31 ans a vécu pendant deux semaines chez ses grands-parents au même domicile que son oncle. Le prévenu aurait commis des attouchements à deux reprises et l’aurait pénétrée avec son sexe également à deux reprises.

Il conteste les accusations en bloc à la barre de la 12e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. «Je n’ai rien fait», assure-t-il. Mario n’en dira pas plus. Son avocat, Me Kreutz, plaide en faveur de son acquittement, faute d’«éléments objectifs contemporains» des faits allégués et en raison «du dépérissement des preuves».

Les années ont passé et la crédibilité de la jeune femme est mise à mal par la défense. Et ce, d’autant plus que Sabrina a omis de se plier à l’expertise de crédibilité pourtant déterminante dans ce type de dossier. Du pain bénit pour la défense. Me Kreutz s’engouffre dans la brèche : «Mario n’a jamais commis une quelconque agression sexuelle de toute sa vie.» Son expertise psychiatrique n’a d’ailleurs pas révélé de tendance pédophile ou de déviances sexuelles.

«Il lui a pris son innocence»

C’est la parole de la jeune femme contre celle de son oncle. L’absence d’expertise priverait la chambre criminelle d’un élément d’instruction qui aurait pu l’aider à apprécier «les déclarations litigieuses», note l’avocat après avoir souligné que Sabrina ne parvient pas à situer les faits allégués dans le temps avec précision. Il dénonce un non-respect des droits de la défense, qui n’est pas en mesure de prendre position contre des accusations précises.

L’avocat prie le tribunal de laisser le bénéfice du doute à son client face à l’absence de preuves de sa culpabilité ou de témoignages la confirmant. Sabrina l’accuse également d’avoir commis des abus sexuels sur sa propre fille, mais cette dernière n’a pas souhaité incriminer son père malgré les confidences livrées à son psychiatre, d’après l’enquêteur de la police et la représentante du ministère public.

«La vérité est vérifiée par le dossier», estime cette dernière. «Il lui a pris son innocence» et ne montrerait pas de repentir sincère. «La parole de Sabrina est restée constante» tout au long de l’enquête. Elle serait identique aux propos confiés à une coach de vie avant de dénoncer les abus. La parquetière est convaincue que le prévenu est coupable des faits qui lui sont reprochés, avec la circonstance aggravante qu’il était l’oncle de la jeune femme, et elle requiert une peine de 8 ans d’emprisonnement à son encontre.

La première fois, «mon oncle a profité que j’étais seule avec lui dans la cuisine. Il est arrivé par derrière et s’est frotté contre moi avant de me toucher la poitrine et l’entrejambe par dessus mes vêtements. (…) Je voulais me défendre, mais j’étais tétanisée», témoigne Sabrina. Pour les viols, «il me poussait dans sa chambre à coucher, sur le lit, et me déshabillait…» en lui tenant les poignets. «Je n’avais pas la force de me libérer. Je voulais crier, mais rien ne sortait.»

Le président de la chambre criminelle veut savoir pourquoi elle y est «retournée». «Je pensais que mon oncle avait une conscience, qu’il réaliserait que ce qu’il avait fait n’était pas bien et qu’il ne recommencerait pas.»

Le prononcé est fixé au 29 octobre.

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