Confronté au ralentissement de son activité industrielle, le Grand-Duché a reçu la visite du commissaire européen Stéphane Séjourné, venu réaffirmer une politique de relance européenne axée sur la compétitivité.
Hasard du calendrier, Stéphane Séjourné, le Monsieur industrie de l’Union européenne, s’est rendu au Grand-Duché ce vendredi, trois jours après la publication du Conjoncture Flash du Statec faisant état d’une production industrielle luxembourgeoise en difficulté au premier semestre. Sa visite de travail, placée sur le thème du renforcement de la compétitivité, tombe donc à point nommé, à l’heure où la Fedil réclame des actes et de la simplification au niveau européen afin de soutenir le patronat dans sa relance économique.
Avant de prendre la parole, le vice-président exécutif de la Commission européenne, ancien député et ministre des Affaires étrangères français, a d’abord commencé sa visite de travail en effectuant les près de 200 km qui séparent Bruxelles de Clervaux. Là, il a été accueilli par Yuriko Backes, la ministre de la Mobilité et des Travaux publics, afin de visiter l’usine Hydro Aluminium, propriété de Norsk Hydro. Le groupe norvégien emploie 64 personnes au nord du pays dans le plus grand site de refonte d’aluminium d’Europe, qui transforme chaque année plus de 100 000 tonnes de déchets d’aluminium en nouveaux produits destinés notamment aux secteurs de la construction et de l’industrie.
La quête d’autonomie stratégique
À Clervaux, il a notamment été question des défis auxquels fait face l’industrie dans son ensemble : les coûts énergétiques et l’accès aux matières premières secondaires. Face à des tarifs en hausse qui continuent de plomber la compétitivité européenne par rapport à la concurrence américaine et asiatique, Bruxelles prépare des mesures ciblées. Elles reposent sur l’accélération massive des investissements dans les énergies décarbonées et les réseaux électriques, la mise en place de contrats d’approvisionnement à long terme pour sécuriser des prix stables ainsi que la désignation de «zones d’accélération industrielle» bénéficiant d’un raccordement prioritaire à l’électricité propre à bas coût.
Dans le volet des matières premières secondaires, l’UE entend faire du recyclage un pilier central de son autonomie. «Face aux crises géopolitiques, sécuriser nos matériaux critiques est le pilier de notre résilience collective», souligne Yuriko Backes, qui assure que «le Luxembourg se tient prêt, aux côtés de l’Europe, à transformer ces défis énergétiques en opportunités».
Afin d’éviter la fuite de ces ressources stratégiques hors des frontières européennes, Stéphane Séjourné et la Commission européenne travaillent à durcir la réglementation sur les exportations de déchets recyclables, à fixer des taux minimaux d’intégration de matières recyclées dans les produits fabriqués en Europe et à fluidifier les approvisionnements des usines.
Une nouvelle doctrine industrielle
L’après-midi s’est poursuivi sur le terrain politique et institutionnel à Luxembourg. Reçu tour à tour par le ministre de l’Économie, Lex Delles, et le Premier ministre, Luc Frieden, Stéphane Séjourné a décliné les grands axes de la «nouvelle doctrine industrielle» de l’UE. Elle se base «sur la souveraineté, la réciprocité avec nos partenaires, la décarbonation, l’innovation et l’intégration du marché intérieur», fait-il savoir.
Au cœur des travaux discutés avec Lex Delles se trouvait, entre autres, le projet de loi européenne sur l’accélérateur industriel («Industrial Accelerator Act»), dont l’objectif est d’introduire une préférence européenne dans les marchés publics afin de stimuler la production européenne et de réduire la dépendance aux pays tiers.
Outre le «made in Europe», les industriels réclament notamment la simplification des démarches administratives pour les entreprises et la modernisation du cadre européen. Face au vice-président exécutif de la Commission européenne, le ministre de l’Économie a également insisté sur ce point : «Notre industrie a besoin d’un cadre prévisible et d’une Europe qui facilite l’activité des entreprises plutôt qu’elle ne la complique.»