En remontant sur scène samedi pour une série de concerts à Paris, Céline Dion écrit une nouvelle page d’une vie hors du commun, marquée par des tubes planétaires, des épreuves personnelles et l’amour indéfectible de son public.
Pris d’assaut par ses fans à travers le monde, les 16 concerts de la star de 58 ans doivent s’étaler jusqu’à mi-octobre dans l’enceinte de Paris La Défense Arena, la plus grande salle couverte d’Europe, avant une nouvelle salve de dix dates en mai 2027. «J’essaie de garder toute mon énergie pour vraiment donner le meilleur de moi-même» sur scène, confiait-elle début septembre à la foule venue l’acclamer devant le palace parisien où elle séjourne.
La ferveur populaire est à la mesure de ce que représente celle que le public appelle par son prénom : une des rares divas à la voix d’or et aux quelque 260 millions d’albums vendus, louée pour son autodérision et l’authenticité qu’elle a su préserver au cours de quatre décennies de carrière. Preuve de cette proximité, Céline Dion s’offre quotidiennement, devant son hôtel, des échanges spontanés avec ses fans, évoquant sa santé, son envie de chanter, ses plats préférés (pizza et tiramisu) et Madison, sa caniche miniature.
J’essaie de garder toute mon énergie pour donner le meilleur de moi-même
Absente de la scène depuis plus de six ans, la chanteuse québécoise – perçue comme un trésor national dans son pays natal – veut montrer qu’elle est toujours debout et capable de chanter son exigeant répertoire. Le retour a en réalité commencé en 2024, lors d’un évènement planétaire : la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. À la tour Eiffel, dans une robe scintillante et sous une pluie battante, elle a interprété l’Hymne à l’amour d’Édith Piaf.
«Je me sens forte»
La scène semblait irréelle tant les images du documentaire I Am : Céline Dion, sorti quelques semaines plus tôt, avaient choqué. Secouée de spasmes, l’artiste y était filmée en pleine crise du syndrome de la personne raide, pathologie neurologique rare qui lui empoisonne l’existence depuis une vingtaine d’années et dont elle n’a été diagnostiquée qu’en 2022. À cause de cette maladie incurable, Céline n’avait pas pu reprendre son «Courage World Tour» –pour la sortie de son dernier album, Courage (2019), en anglais –, déjà interrompu par la pandémie. Impossible non plus d’envisager de nouveaux concerts à Las Vegas, où elle a mené pendant 16 ans une lucrative résidence au Caesars Palace. En 2025, les rumeurs d’une apparition à l’Eurovision à Bâle – qu’elle a remporté en 1988 pour la Suisse – avaient bruissé, sans se concrétiser.
«Je me sens bien, je me sens forte», avait-elle affirmé lors de l’annonce des concerts parisiens. Dans la foulée, elle a sorti deux titres inédits, mais pas de nouvel album à ce stade. Parfois blessée, jamais vaincue, Céline Dion a toujours fait preuve de résilience. L’année 2016 est marquée par le décès de René Angélil, son mentor, mari et père de ses trois fils, celui qui l’a découverte dans la petite ville de Charlemagne, près de Montréal.
Un succès digne d’Hollywood
Née en 1968, benjamine d’une famille modeste, nombreuse – 14 enfants – et à la fibre artistique, Céline démontre rapidement ses talents pour le chant. L’adolescente a 12 ans quand sa mère, surnommée «Maman Dion», envoie une cassette à l’imprésario. «Je n’avais jamais rien entendu de tel. Pour moi, c’est la plus belle voix du monde», dira plus tard René Angélil. Pour financer un premier album, le producteur hypothèque sa propre maison : c’est le début d’un succès digne d’Hollywood, qui inspirera d’ailleurs le film français Aline, de et avec Valérie Lemercier (2020).
Trois ans après son mariage avec René, de 26 ans son aîné, à la basilique Notre-Dame de Montréal en 1994, c’est la planète qui tombe en amour pour Céline en écoutant My Heart Will Go On, sur la B. O. de Titanic, de James Cameron, qu’elle ne voulait pourtant pas enregistrer. La chanson, emblématique, l’imposera comme la plus grande diva de son temps et reste, près de trente ans plus tard, l’un des titres les plus diffusés à la radio et à la télévision dans le monde.
La chanteuse a aussi conquis le cœur du public français, qui la découvre à 14 ans dans l’émission Champs-Élysées, présentée par Michel Drucker. «Retenez bien le nom de cette jeune fille…», prédisait l’animateur en 1983. «J’ai toujours voulu être aimée de la France», confiait Céline Dion dans un documentaire sur M6. Elle est définitivement adoptée en 1995 avec le succès de l’album D’eux, conçu avec la complicité de Jean-Jacques Goldman. L’opus, qui contient notamment Pour que tu m’aimes encore, est le disque francophone le plus vendu au monde, avec environ 10 millions d’exemplaires. «Quand je ne serai plus là, je pense sincèrement qu’il sera encore joué et qu’il sera encore chanté», prophétisait en 2025 la star, qui pour l’heure ressent toujours le besoin viscéral de s’emparer elle-même du micro.
La dernière ligne droite
De Céline ou des 30 000 personnes attendues chaque soir à La Défense Arena, difficile de savoir qui est le plus impatient, tant la star québecoise se dit «excitée» d’offrir un spectacle à la mesure de l’attente qui l’a tenue éloignée de la scène. «D’habitude je fais 1 h 40 de spectacle et là, c’est plus long», a-t-elle tout juste glissé devant son palace, avant de donner un conseil pratique : «Mettez-vous de bonnes chaussures!»
Pour le reste, elle se préserve : pas d’autographes, pas d’interviews. Sa santé reste la grande inconnue, car la maladie neurologique incurable dont elle est atteinte peut se réactiver à tout moment, provoquer une paralysie et semer la zizanie durant cette résidence.
En attendant, ses classiques enregistrent une hausse des écoutes en streaming, avec en tête J’irai où tu iras et Pour que tu m’aimes encore, deux tubes de l’album en français D’eux. «Si la tranche des 35-44 ans reste la plus représentée, le retour de l’artiste résonne aussi chez les plus jeunes», note Spotify, précisant que ses titres «figurent dans 76,6 millions de playlists à travers le monde».
Telle une athlète dont la voix peut atteindre le F5, le fa de la cinquième octave sur All By Myself, Céline Dion s’est aussi affûtée physiquement : au magazine Harper’s Bazaar, elle a confié s’entraîner cinq fois par semaine, entre cours de Pilates et de ballet. Sa résidence, produite par AEG, l’un des géants américains du divertissement, promet des retombées économiques colossales directes et indirectes en attirant des touristes internationaux.
Car, même si décrocher une place fut un parcours du combattant, la frénésie ne faiblit pas : à Paris, la vente de produits dérivés cartonne et les karaokés dédiés aux tubes Céline Dion pullulent, invitant des milliers de personnes à se casser la voix dans une ambiance survoltée.