«Décision absurde, unique et inacceptable» : le maire de Paris a annoncé le lancement de deux enquêtes après l’éviction du personnel féminin de la tour Eiffel lors de la visite d’un groupe religieux hindou.
Cette mise à l’écart avait provoqué un mouvement de colère des salariés et la fermeture du monument lundi.
Depuis 9 h 30 mardi, les touristes peuvent de nouveau grimper au sommet de la capitale, au lendemain d’une journée de mobilisation du personnel dénonçant des «consignes professionnelles qui ont conduit les femmes salariées à être écartées, remplacées et rendues invisibles en raison de leur sexe» lors de cette visite survenue samedi.
«On attend des réponses», a déclaré mardi Diane Davoine, secrétaire du comité social et économique (CSE) de la tour Eiffel, réclamant «qu’un cadre soit posé pour que ça ne se reproduise absolument jamais».
Devant le tollé, la délégation du Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS), mouvement réputé particulièrement conservateur aux yeux d’une partie de la diaspora indienne, a formulé des excuses tout en minimisant les faits.
«C’est inacceptable parce que c’est une discrimination de fait qui est une violence contre les femmes en général» et «contre les agents de la tour Eiffel», a réagi mardi le maire de la capitale, Emmanuel Grégoire, après une rencontre avec les organisations syndicales.
L’édile socialiste a annoncé une première enquête «en interne» par la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE) «auprès d’un intervenant extérieur pour comprendre ce qui s’est passé».
La Ville de Paris — actionnaire «propriétaire à 99 %» — «diligentera sa propre enquête pour comprendre» ce qui a conduit «à cette décision absurde, unique et inacceptable».
Les conclusions de ces deux procédures sont attendues sous sept jours.
Interrogé sur l’identité du donneur d’ordre, le maire a répondu commencer à «avoir quelques informations», assurant que l’enquête le précisera.
«Des excuses sincères»
«Certaines [femmes] ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l’écart dans des locaux. À certains postes, elles ont été remplacées par des hommes. Et toutes les femmes salariées ont reçu la consigne de ne pas passer ou de ne pas traverser certaines zones pendant la présence de la délégation», s’étaient indignés lundi les salariés de la tour Eiffel dans un communiqué transmis par la CGT.
«À notre connaissance, à aucun moment l’accès à la tour Eiffel n’a été refusé à qui que ce soit», a écrit sur X la branche parisienne du BAPS lundi soir, présentant «néanmoins» ses «sincères excuses à toute personne qui aurait pu être blessée ou gênée par cette situation».
Dans un communiqué, la société d’exploitation avait pourtant reconnu que la délégation hindoue avait demandé une visite limitant les «interactions avec les femmes» et admis que «ces conditions n’auraient pas dû être acceptées».
Cette affaire a provoqué une cascade de réactions politiques indignées, de la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, à Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, en passant par Marine Le Pen.
«En France, nous n’acceptons jamais que la présence des femmes soit « limitée »», a écrit sur X la candidate du RN à la présidentielle.
«On ne demande pas à des femmes de s’effacer pour satisfaire des exigences religieuses», a réagi mardi l’ancien président François Hollande.
Le BAPS, proche du Premier ministre indien nationaliste et conservateur Narendra Modi, a inauguré dimanche à Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne) le premier temple majeur bâti en France sous son égide, présenté comme «un emblème de la culture indienne et de l’hindouisme».
La consécration du temple s’était déroulée sans la présence de femmes, avaient rapporté des fidèles, avant qu’hommes et femmes n’y accèdent ensemble.
«On a des saints chez nous et ils ont des règles à respecter, donc c’est vrai que les femmes sont d’un côté et les hommes de l’autre, mais cela n’a rien à voir avec le fait d’avoir des inégalités», avait justifié auprès de Vaïbhavi Parekh, bénévole chargée de la communication.
Valérie Pécresse avait assisté la semaine dernière au lancement des festivités en présence de «2 500 danseuses», selon le BAPS.
«La région est en lien avec tous les acteurs de la vie francilienne et tous les cultes», a justifié son entourage.
Parmi la diaspora, l’association Indian Alliance Paris a vu dans cette inauguration une nouvelle offensive du «suprémacisme hindou», portant «une vision du monde conservatrice et hindou-nationaliste».