C’est un bilan particulièrement critique pour les secteurs fourrager et céréalier qui a été présenté ce mercredi à Colmar-Berg par les représentants du monde agricole.
Comme attendu, les vagues successives de canicule et la sécheresse qui a frappé le pays ces derniers mois ont lourdement impacté les cultures, avec des rendements nettement en baisse et des difficultés pour garantir l’alimentation du bétail.
«On a récolté 10 à 15% de moins par rapport à l’année passée, avec des prix légèrement meilleurs, certes, mais comme les frais ont beaucoup augmenté en parallèle, au final, le bilan reste déficitaire», résume ainsi Serge Turmes, directeur de DeVerband Group/Versis. «Les cultures les plus touchées sont les céréales – blé, triticale, orge – le maïs et les prairies.»
«Une précocité historique»
Avec la chaleur, la moisson de l’orge d’hiver a débuté le 23 juin. Du jamais-vu! Un phénomène dû à l’important déficit pluviométrique – il a manqué 100 litres par mètre carré sur une période de huit mois – qui a poussé les céréales à leur maturité à un rythme exceptionnel. La récolte a donc été bouclée dans tout le pays dès le début du mois d’août, «une précocité historique», insistent les agriculteurs.

Serge Turmes a aussi mentionné la situation plus favorable pour le colza, l’épeautre ou l’avoine. (Photo: georges noesen)
Cette sécheresse sévère a aussi lourdement impacté la production de fourrage et de maïs destinée à nourrir les ruminants, avec des pertes préoccupantes. «Les éleveurs entament déjà les réserves constituées pour l’hiver depuis plusieurs semaines. Ils puisent aussi dans le stock de l’an dernier où la récolte avait été bonne, et certains ont encore planté de l’herbe, en espérant qu’il pleuve. Des exploitations sont aussi en train d’acheter du fourrage à gauche à droite, y compris à l’étranger.»
Dans ce sombre tableau, il y a tout de même un peu de positif. C’est le cas du colza, dont le prix de vente est lié aux cours des huiles: «La situation est plus favorable, avec un rendement acceptable et un prix plus haut qu’en 2025.» L’épeautre et l’avoine, des cultures de niche moins exposées aux fluctuations du marché mondial, affichent également des résultats encourageants.
L’assurance ne résout pas tout
La ministre Martine Hansen prend toute la mesure des difficultés. «Le bilan global est mitigé, il est même catastrophique pour tout ce qui est prairie, maïs, et pour les cultures de céréales», pointe-t-elle, rappelant l’importance de s’assurer contre le risque de pertes.
«Les agriculteurs peuvent souscrire une assurance que nous subventionnons à hauteur de 65%. Ceux qui l’ont fait vont donc recevoir une aide pour compenser la moins-value, à hauteur de ce que l’assureur fixera. C’est un plus que les autres pays n’ont pas.»

La ministre a pu échanger avec tous les représentants du secteur céréalier. (Photo: georges noesen)
Un peu moins de la moitié des terres agricoles bénéficient aujourd’hui de cette couverture spécifique, proposée par une seule compagnie d’assurance au Grand-Duché. Un modèle qui n’est pas parfait, selon Serge Turmes.
«Une partie des pertes rentre dans cette assurance, mais il y a des critères qu’on doit atteindre et pour moi, ils ne sont pas totalement en phase avec les réalités du terrain. Ils devraient être adaptés à l’évolution du climat et à nos métiers. Des efforts sont à faire sur ce point.»
Les premières estimations dans les cultures assurées font état de dégâts particulièrement importants, avec 5 600 hectares de céréales et 6 000 hectares de maïs touchés. Aucun chiffre précis n’est encore disponible en ce qui concerne les prairies.
Engrais: 35 euros d’aide par hectare
Pour soutenir les agriculteurs, la ministre a annoncé une nouvelle aide sur les engrais, dont les prix ont gonflé avec la crise au Moyen-Orient: «Nous avons décidé de donner 35 euros par hectare. On a déposé un projet de loi avant les vacances, le Conseil d’État doit encore l’analyser et j’espère qu’il sera vite voté à la Chambre.» Une mesure qui s’ajoute à l’aide accordée lors de la tripartite pour payer le diesel agricole, avec une ristourne de 15 centimes par litre.
«Enfin, pour percevoir les différentes aides de la PAC, il y a des conditions que les agriculteurs doivent remplir – c’est le principe de la conditionnalité – et sur ce point, nous avons une réunion ce jeudi avec la Chambre d’agriculture parce que certains critères ne peuvent plus être respectés avec la météo actuelle. On essaye donc de trouver des solutions.»