Accueil | A la Une | Souffrance au travail : les idées suicidaires ont triplé en dix ans chez les salariés au Luxembourg

Souffrance au travail : les idées suicidaires ont triplé en dix ans chez les salariés au Luxembourg


La prévention du suicide concerne l’ensemble de la société. (Photo d'illustration : pexels)

Selon l’étude Quality of Work Index 2025 de la CSL, la souffrance psychologique gagne du terrain dans le monde du travail au Luxembourg.

C’est un constat alarmant que dresse l’étude Quality of Work Index 2025 publiée en août par la CSL. En 2025, près d’un salarié ou agent public sur quinze déclare avoir eu des idées suicidaires au cours des douze mois. Si cette évolution ne signifie pas de passages à l’acte, elle démontre une progression préoccupante de la souffrance psychologique au travail.

D’après les données de la CSL, les idées suicidaires sont en nette progression depuis 2014. Alors qu’il y a plus de dix ans, 2,2 % des répondants rapportaient de telles pensées, cette proportion atteint 6,6 % en 2025. D’après la CSL, le niveau le plus élevé a été observé en 2023, avec 7,4 % des salariés et agents publics concernés. En une décennie, la proportion de salariés et agents publics rapportant des idées suicidaires a été multipliée par trois.

Quelques chiffres

En 2023, 48 décès par suicide ont été recensés au Luxembourg. Cela correspond à un taux de 6,3 décès pour 100 000 habitants, inférieur à la moyenne de l’Union
européenne (10,2 pour 100 000 habitants). 75 % des décès par suicide concernaient des hommes (36 hommes et 12 femmes).

Alors pourquoi le travail peut-il favoriser les idées suicidaires ? Si le suicide reste un phénomène multifactoriel, les conditions de travail peuvent contribuer à fragiliser certaines personnes. En effet, selon l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), certaines situations de travail présentant des risques psychosociaux peuvent générer un stress important et favoriser le développement de troubles de santé mentale, tels que le burnout, l’anxiété, la dépression ou encore des idées suicidaires.

D’autres recherches internationales soulignent également l’impact des difficultés économiques, des transformations du monde du travail, de l’augmentation des risques psychosociaux, mais également de la dégradation plus générale de la santé mentale observée dans de nombreux pays européens depuis plusieurs années.

Les jeunes salariés les plus touchés

Selon l’étude de la CSL, les idées suicidaires sont présentes dans l’ensemble des catégories de participants à l’enquête. «Aucune différence statistiquement significative n’est retrouvée selon le sexe ou le statut de résidence», expliquent les auteurs de cette étude. Les jeunes salariés et agents publics âgés de 16 à 24 ans
présentent la proportion la plus élevée d’idées suicidaires (16,4 %), tandis qu’une tendance à la diminution est observée avec l’avancée en âge. (4,4 % chez les 55 ans et plus). L’entrée dans la vie active, l’autonomie financière, la recherche de stabilité, la construction de l’identité professionnelle peuvent constituer des sources de stress importantes.

Les résultats observés invitent toutefois à la prudence. Les idées suicidaires résultent généralement de l’interaction de multiples facteurs qui dépassent le seul cadre professionnel. Les difficultés rencontrées dans la sphère personnelle, familiale, sociale ou financière peuvent également jouer un rôle important dans leur apparition», observent les auteurs de cette étude.

Quels secteurs d’activité sont les plus touchés ? 

Les taux les plus importants sont observés dans les activités spécialisées scientifiques et techniques, le secteur de la santé et la branche du commerce, des transports, de l’hôtellerie et de la restauration. «Ces secteurs partagent souvent des caractéristiques susceptibles d’influencer la santé mentale des salariés et agents publics : forte intensité du travail, exigences émotionnelles élevées, contraintes organisationnelles importantes ou encore exposition accrue aux interactions difficiles avec le public», notent les auteurs de cette enquête.

Les conditions de travail sont aussi des facteurs aggravants. Les analyses de l’étude montrent que les salariés et agents publics rapportant des idées suicidaires
cumulent deux types de difficultés : une exposition plus importante aux contraintes professionnelles et un accès plus limité aux ressources. De plus, la pression, les exigences émotionnelles, le harcèlement au travail ou le risque d’accident sont aussi plus élevés chez les salariés et agents publics déclarant des idées suicidaires, rapportent des niveaux plus élevés de pression.

Une santé physique altérée

Les difficultés psychologiques s’accompagnent également de manifestations physiques qui peuvent affecter durablement la qualité de vie des personnes concernées.
L’enquête a ainsi examiné plusieurs indicateurs de santé fréquemment associés à la souffrance psychologique, tels que les troubles du sommeil, les douleurs musculo-squelettiques.

Les difficultés d’endormissement, les réveils nocturnes fréquents ou encore un sommeil insuffisant figurent parmi les manifestations les plus fréquemment associées à la détresse psychologique. Les données de l’étude montrent que les salariés et agents publics rapportant des idées suicidaires dorment en moyenne moins longtemps que les autres. En 2025, l’écart observé est d’environ 24 minutes par nuit. «À l’échelle individuelle, cet écart peut sembler modeste. Répété dans le temps, il représente toutefois une privation chronique de sommeil susceptible d’altérer progressivement les capacités de récupération physique et psychologique», observent les auteurs de cette étude qui rappellent l’importance de la prévention dans le monde du travail.

Où trouver de l’aide?

Si vous avez des pensées suicidaires, adressez-vous aux plateformes d’aide suivantes :
Téléphones d’urgence :
112 (ambulances, hôpitaux, médecins, pharmacies)
113 (police grand-ducale)

Besoin de parler?

Médecin généraliste
SOS Détresse : (+352) 45 45 45
Kanner- a Jugendtelefon : 116 111
www.prevention-suicide.lu

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.