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Les réfugiés birmans en Thaïlande n’ont «plus à se cacher»


Le président du Myanmar, Min Aung Hlaing, à son arrivée à Bangkok, ce jeudi. (Photo : afp)

Depuis qu’il a reçu sa précieuse «carte rose», Ko Ko Oo, né et élevé dans un camp de réfugiés birmans en Thaïlande, peut travailler légalement dans le pays sans avoir à craindre les contrôles administratifs.

«Je n’ai plus besoin de me cacher», raconte cet homme de 29 ans, qui a gagné plus de 5 000 bahts (130 euros) lors de ses deux premières semaines de travail, dans le bâtiment, une «somme énorme» pour lui.

Après des décennies d’interdiction, les réfugiés birmans ont commencé à recevoir en juin des cartes d’identité thaïlandaises réservées aux étrangers, marquant une étape vers la sortie de l’apatridie et l’accès à l’emploi.

Ney La Jaw, 25 ans, s’est fait embaucher comme ouvrier agricole dans une ferme de la province de Nakhon Sawan, au nord de Bangkok, où il s’active avec d’autres réfugiés à verser du terreau et des semences de riz dans une machine.

Il dit envoyer «tout [son] argent» à sa mère, restée à Mae La, le plus grand des neuf camps de réfugiés situés à la frontière avec la Birmanie, qui accueillent au total environ 80 000 personnes.

Dans un bureau administratif de la province de Prachinburi, des réfugiés birmans prennent fièrement des photos de leur carte rose pour les envoyer à leurs familles.

«Je n’ai plus à avoir peur quand je me déplace maintenant», témoigne Gay Lah, nouvelle employée du BTP, qui a fui la Birmanie avec sa famille à l’âge de six ans. «Je veux travailler dur, économiser de l’argent, acheter un terrain, construire une maison et faire sortir ma famille du camp.»

Sit Nyein Aye, 27 ans, a également quitté le pays voisin en guerre lorsqu’il était enfant et passé la majeure partie de sa vie dans le camp de Mae La.

«On a vécu dans la misère pendant très longtemps. On avait l’impression de ne pas être libres», dit-il, «très heureux» d’avoir reçu sa carte d’identité. «Puisque j’en ai l’opportunité, je vais travailler. J’ai mon propre avenir.»

«Étape historique»

L’ancien chef de la junte birmane Min Aung Hlaing effectue ce jeudi et vendredi sa première visite officielle en Thaïlande depuis qu’il est devenu président à l’issue d’élections contestées.

À l’origine du coup d’État militaire de 2021 qui a plongé son pays dans une guerre civile, «MAH» doit notamment signer à Bangkok un protocole d’accord sur la coopération en matière de main-d’œuvre.

La Thaïlande entretient une attitude ambivalente envers les réfugiés : ses frontières poreuses et sa réputation de tolérance religieuse et culturelle les attirent depuis longtemps, mais le pays ne les reconnaît pas légalement et n’offre pas l’asile.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés voit dans l’attribution des cartes d’identité une «étape historique vers l’inclusion, la protection et l’autonomie pour l’une des populations réfugiées les plus anciennes au monde».

«Avec ces « cartes roses », les réfugiés peuvent accéder aux services de santé, travailler pour subvenir aux besoins de leurs familles et jouir d’une plus grande liberté de mouvement», se félicite Phil Robertson, directeur de l’organisation Asia Human Rights and Labour Advocates.

À la ferme de la province de Nakhon Sawan, le propriétaire, Manas Lohsuwan, explique qu’il employait auparavant des migrants cambodgiens, mais que les affrontements frontaliers l’an passé entre la Thaïlande et le Cambodge ont poussé la plupart d’entre eux à rentrer chez eux.

En manque de main-d’œuvre, il s’est tourné vers les Birmans. Moins expérimentés, ils sont en revanche moins coûteux pour lui et ont l’obligation de rester chez le même employeur.

«S’ils ne veulent pas travailler avec nous, ils doivent retourner au camp et attendre d’être recrutés à nouveau», relève-t-il.

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