Oui, les images qui nous sont parvenues en fin de semaine dernière depuis Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, étaient inquiétantes. Des dizaines de milliers de migrants ont afflué, en très grande majorité à la nage, dans l’espoir de se construire une vie meilleure en Europe. Ils ont toutefois rapidement déchanté. Selon les autorités espagnoles, la quasi-totalité des 60 000 personnes arrivées sur les plages de Ceuta sont déjà retournées au Maroc voisin. Le risque de voir une vague migratoire déferler sur le Vieux Continent est minime, d’autant que Ceuta ne fait pas partie de l’espace Schengen.
Pourtant, cet afflux soudain d’un si grand nombre de migrants a provoqué une panique démesurée dans plusieurs pays européens. L’extrême droite se frotte les mains. Ce mardi, les ministres européens de l’Intérieur se réunissent en urgence. Sur le fond, les 22 signataires d’une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne ont raison d’affirmer que «nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés (…) donnent le sentiment qu’il est possible d’entrer illégalement dans l’Union européenne».
Sur la forme, en revanche, le constat est tout autre. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, est dans le vrai quand il dénonce l’attitude «égoïste» des pays qui s’en prennent à lui. «Une telle attitude – motivée par les préjugés, les fausses informations, l’ignorance ou des intérêts politiques – est (…) contraire au droit européen, au droit humanitaire et aux principes de solidarité qui nous unissent (…)», s’insurge-t-il.
L’UE se retrouve ainsi, en pleine pause estivale, face à une nouvelle épreuve de vérité. Plutôt que de tout miser sur une «Europe forteresse», avec le placement de migrants dans des hubs de retour implantés dans des pays tiers, elle gagnerait à développer des voies de migration légale. Ceux qui défendent les positions les plus radicales oublient que nos économies ont besoin de l’immigration pour continuer à fonctionner. Protéger les frontières extérieures est certes indispensable. Les verrouiller à double tour, en revanche, ne fait que des perdants, à commencer par les migrants eux-mêmes. Près de 1 000 personnes ont déjà perdu la vie cette année en Méditerranée.