Dans la matinée de dimanche, un violent incendie s’est déclaré dans un dépôt industriel. Face au risque, 30 000 habitants ont été invités à se confiner.
La météo est tout simplement estivale en ce dimanche dans toute la région. Pas de canicule, les températures sont enfin supportables. À Hagondange, on en a profité pour sortir sa belle américaine à l’étang de la Ballastière. Le rassemblement, annuel, est organisé par l’association Orne Valley Cars. Les belles mécaniques arrivent peu à peu sur le site, leurs propriétaires et leurs hôtes affichent un sourire radieux, le ciel est bleu. Mais soudain, sur le coup de 9 h 30, une grosse fumée noire apparaît dans cet environnement azur. Elle prend de plus en plus d’épaisseur, s’élève progressivement dans les airs.
Cette colonne de fumée noire finit par être visible des kilomètres à la ronde, et même depuis Metz mais aussi le Jarnisy et le pays de Briey, dans le 54. A priori, cette grosse masse obscure a pour base le site d’ArcelorMittal Gandrange, sur le ban de Mondelange, au cœur de la vallée de l’Orne. L’immense site du géant de l’acier, réparti sur plusieurs communes, abrite en réalité de nombreuses sociétés. Et c’est justement l’une d’elles qui est victime des flammes.
C’est plus précisément un entrepôt de Safe Suez, sur le ban d’Amnéville, qui est en train d’être dévoré par le feu. Le bâtiment fait 800 m2 et renferme des déchets industriels que l’entreprise est chargée de recycler. Des déchets liquides ou compactés. Et progressivement, ce panache de fumées de plus en plus impressionnant attaque les yeux et la gorge chez les habitants alentour. «C’est irrespirable! Ça pique les yeux, ça attaque la gorge!», témoigne cette Amnévilloise.
Les élus des communes directement impactées par ces émanations de gaz et de produits en combustion font passer le message à leurs administrés, par toutes les voies de communication possibles : il leur est vivement conseillé de se calfeutrer. Car le site en flammes est un lieu classé Seveso et ce sont des produits potentiellement toxiques qui sont en train de brûler. Cinq villes sont directement concernées par cette menace potentielle : Amnéville, Gandrange, Rombas, Clouange et Vitry-sur-Orne. Soit 30 000 habitants au total invités à se confiner.
«Nous, on n’était même pas au courant! On n’a entendu aucune sirène, on n’a reçu aucune alerte sur nos portables. Il s’agit pourtant d’un site classé à risques!», peste notre Amnévilloise. Laquelle ponctue : «En rentrant chez moi, j’ai vu des enfants jouer dehors sur la route de Rombas, sous ce panache de fumées».
Trois blessés, dont deux pompiers
Et pourtant, les sapeurs-pompiers sont bel et bien à l’œuvre. Eux aussi, à l’image de cette colonne noire grandissante, sont venus progressivement sur le site. Quarante soldats du feu, puis 80 pour finir par 135 combattants venus de tout le département. Quelque 40 engins sur place, des hommes et des femmes venus de 20 casernes.
Deux de ces vaillants guerriers des flammes sont légèrement blessés par des projections lors de l’intervention. Le premier est soigné sur place, le second prend la direction de l’hôpital de Metz-Mercy. Un troisième homme est lui aussi légèrement touché : il s’agit de l’employé d’astreinte de Safe Suez. Seul présent sur le site dimanche (une vingtaine de salariés travaillent sur place en semaine), c’est lui qui a averti les secours. Il s’est brûlé à la nuque en tentant, vraisemblablement, de s’attaquer aux premières flammes. Cette dernière victime «a été transportée à l’hôpital Bel-Air de Thionville», indique Hélène Demolombe-Tobie, la sous-préfète de cette même ville, lors d’un point presse organisé en début d’après-midi devant le grand portail d’ArcelorMittal, à Mondelange.
Voix officielle des autorités, la sous-préfète explique «que des mesures atmosphériques sont en train d’être effectuées pour mesurer la potentielle toxicité de ces fumées. Mais la représentante de l’État se veut rassurante : «Ce n’est pas parce qu’une fumée est noire et dense qu’elle est forcément toxique». Et en milieu d’après-midi, la bonne nouvelle tombe via le dispositif FR-Alert : «L’incendie est désormais maîtrisé, la mise à l’abri des habitants prend fin.».
Pas de risques chimiques. Les Mosellans de la vallée peuvent souffler. Pas les sapeurs-pompiers : pour eux, le combat s’annonce encore long…