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Bientôt un handikart sur la grille à Mondercange


Johnatan Maucourt, paraplégique, assure la phase de rodage du handikart de l'ACL avec plaisir sur le circuit de Mondercange. (Photos : miguel moutinho de sousa)

D’ici la fin du mois d’août, l’ACL s’apprête à mettre en service son premier handikart sur la piste de Mondercange. Un véhicule adapté développé en collaboration avec Johnatan Maucourt, paraplégique et joueur de basket en fauteuil.

Sur la piste de l’ACL Karting à Mondercange, un drôle de kart mord l’asphalte brûlant. Indifférenciable des autres monoplaces depuis le paddock, le véhicule n° 4 est pourtant unique en son genre par sa configuration. Les pédales d’accélération et de freinage sont bien là mais elles ne sont que des repose-pieds pour le pilote qui, lui, use de ses mains et de deux palettes au volant afin de gérer sa vitesse. Il s’agit là du premier handikart du seul circuit extérieur luxembourgeois conduit par Johnatan Maucourt, paraplégique et figure bien connue du handisport en tant que joueur du club de basket en fauteuil des Lux Rollers.

Depuis quelques semaines, ce Français et l’ACL collaborent afin de développer et tester cet appareil adapté aux personnes en situation de handicap physique. Un projet qui devrait aboutir d’ici la fin du mois d’août prochain mais qui était loin d’être évident. À son arrivée à la tête de l’ACL Sport en mars 2025, Yves Faber souhaite s’investir afin de «rendre le karting accessible à tous» et contacte alors une société luxembourgeoise spécialisée dans la transformation d’équipements pour personnes handicapées. Sans succès. «Ils m’ont fait une offre mais elle était vraiment trop conséquente, je me suis dit qu’avec ce prix-là, je devais sonder un peu plus le marché», raconte le responsable. Ce dernier ne baisse pas les bras mais patine, à la recherche d’une solution qui ne vient pas.

 

Le handikart se conduit sans pédales mais avec des palettes au volant.

 

Le coup de pouce du champion français

Finalement, la situation se débloque avec le recrutement à l’ACL de Charlotte, la compagne de Johnatan Maucourt. «Elle m’a dit qu’au travail, ils cherchent à faire rouler tout le monde, dont les personnes en situation de handicap, mais qu’Yves n’a pas de réponse», se rappelle l’intéressé qui, lui, a le contact idéal.

De l’autre côté de la frontière, il connaît bien Alain Nicolle, un Mosellan formé au karting de Lommerange qui n’est autre qu’un ancien champion de France de handikart paraplégique et président de l’association Handikart France. Ce dernier rejoint alors le projet en apportant son expérience et le système de palettes au volant : «Cela fait 20 ans qu’il a développé le premier kart adapté en allant chez le fabricant pour faire les plans et en participant à la commercialisation».

Par rapport à la première offre d’aménagement qu’il avait reçue, «ce n’était même pas un quart du prix, c’était vraiment accessible, donc évidemment que j’ai dit : « Allons-y »», sourit Yves Faber, qui peut enfin lancer son projet. La transformation du monoplace dure à peine deux heures, puis Johnatan Maucourt prend les commandes afin de faire quelques sessions pour régler la sensibilité des commandes, mais aussi libérer la puissance du moteur. Durant cette phase de rodage, un désir enfoui remonte à la surface chez ce fan d’automobile, de moto et de Formule 1 : «À un moment, j’avais failli acheter un kart pour faire de la compétition, cela ne s’était pas fait mais aujourd’hui, tout cela est en train de réémerger.»

Changer les mentalités

D’ici la fin du mois, le kart n° 4 devrait avoir suffisamment roulé afin d’être mis à la disposition du public (à partir de 15 ans) à un prix par session similaire aux autres véhicules. «C’est difficile de dire à l’avance si le kart aura du succès, mais s’il y a beaucoup de demande et de bons retours, je n’ai aucun problème à en avoir deux ou trois de plus», annonce le responsable de l’ACL Sport qui doit justement renouveler sa flotte pour 2027. Johnatan Maucourt, lui, est certain du succès : «Je connais des basketteurs mais aussi des frontaliers qui viendront certainement car, jusque-là, ils devaient aller jusqu’en Belgique ou Nancy pour rouler.»

À l’instar d’autres sports, l’inclusivité dans le karting reste en effet compliquée. «Sur l’axe Luxembourg-Nancy, il y a tout de même pas mal de pistes, mais seules Nancy et, bientôt, Mondercange proposent du handikart», constate, amer, Johnatan Maucourt. Il comprend néanmoins la logique financière qui freine certains de se doter de véhicules adaptés qui «sont vendus à des prix exorbitants, car les fabricants savent qu’il y a peu de demande, et ils peuvent n’être utilisés que de temps en temps».

Lucide mais têtu, de son propre aveu, le Mosellan estime que les personnes en situation de handicap ont malgré tout la capacité de changer la donne . «C’est aussi à nous de faire un pas vers le monde, car les personnes non concernées ne peuvent pas se mettre à notre place. Il faut que l’on fasse des efforts et même s’il y a forcément des barrières, cela fera avancer les choses.» À travers ce projet, Johnatan Maucourt et l’ACL espèrent donc démontrer que les valides et les personnes en situation de handicap peuvent rouler ensemble sur la piste de Mondercange, en attendant que le reste de la société suive l’exemple.

 

Yves Faber (à g.), manager de l’ACL Sport, n’exclut pas d’augmenter le nombre de handikarts lors du renouvellement de sa flotte pour 2027.

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