Le célèbre auteur se dote d’un lieu permanent à Paris. Ni musée, ni simple lieu d’exposition, il se veut «un espace vivant». Découverte.
L’auteur, peintre et réalisateur Enki Bilal a ouvert à Paris un lieu culturel exposant son œuvre, qui met en scène depuis cinquante ans les tensions du monde et appelle à la «résistance culturelle» face à «l’accélération numérique». «C’est une belle histoire!», résume l’artiste pluridisciplinaire de 74 ans en évoquant l’ouverture du Fonds Enki Bilal, un espace de 300 m² situé dans le quartier historique parisien du Marais. Ce «lieu hybride», géré par le galeriste Jean-Baptiste Barbier, «sera un espace vivant» avec «des artistes invités, de la musique, de la vidéo, de la photo, du dessin…» , déclare Enki Bilal.
Pour commencer, il expose jusqu’au 1ᵉʳ novembre 200 planches de BD et des peintures réalisées depuis ses débuts en 1972 dans le magazine Pilote. «Cette exposition explique un peu d’où je viens, qui je suis, en explorant les obsessions, qui traversent tout mon travail», ajoute l’auteur. Né à Belgrade et arrivé en France à l’âge de neuf ans, il dit avoir été très marqué par son enfance dans l’ex-Yougoslavie dirigée par Tito, expérience d’où il tient son intérêt pour le «jeu politique et les excès du pouvoir».
«Transmission culturelle»
Cette dernière irrigue toute son œuvre, des albums réalisés avec le scénariste Pierre Christin, comme Les Phalanges de l’Ordre noir, aux séries de science-fiction qu’il a écrites et illustrées, dont la dernière, Bug, est en cours. Bien que reconnu comme un «maître» par ses pairs, Enki Bilal dit se sentir «un peu en marge de la BD», «un monde traditionnel qui n’aime pas le changement». «Moi, c’est le contraire, j’aime bien changer, évoluer. Et donc, je suis ouvert à d’autres formes de narration», souligne-t-il.
Pour Clémentine Hustin, la directrice du Fonds Enki Bilal, le travail de l’auteur relève «d’une anticipation lucide, profondément ancrée dans l’histoire réelle». Préoccupé par la vitesse avec laquelle l’intelligence artificielle s’impose, l’artiste veut alerter sur la nécessité d’«entrer en résistance» pour sauver la culture qui «se dégrade», notamment «à cause de l’accélération numérique». «J’ai l’envie de résister pour que l’homme ne se laisse pas déborder par la vitesse» qui «altère la transmission culturelle».