[MONDIAL-2026] L’Espagne tient en Dani Olmo un artiste, créateur d’espaces sur le terrain, grâce à sa technique soyeuse et ses passes au bon tempo rappelant les célèbres lignes de Pablo Picasso.
Face à l’Argentine, dimanche en finale du Mondial, l’Espagne visera une deuxième étoile après 2010. À Johannesburg, au bout d’une prolongation irrespirable face aux Pays-Bas, c’était le milieu de poche Andres Iniesta qui avait marqué le but du sacre. À l’époque, Dani Olmo avait 12 ans et déjà intégré le centre de formation du FC Barcelone, qui a façonné tant de futurs grands, à commencer par Lionel Messi, son prestigieux adversaire au MetLife Stadium, près de New York.
Et il se rappelle très bien de ce qu’il avait ressenti en regardant l’épopée de l’Espagne. «Ces moments-là restent gravés à vie. Je me souviens de tout, depuis le premier match jusqu’au but d’Iniesta en finale. Aujourd’hui, j’ai l’occasion d’être sur le terrain. C’est un rêve qui se réalise», confiait-il à la FIFA en novembre 2025 encore loin de savoir qu’il connaîtrait l’honneur d’une finale. La présence de l’Espagne n’est cependant pas une surprise.
«Un maître du jeu entre les lignes»
Cela fait en effet trois ans qu’elle domine son sujet, championne d’Europe en 2024, un an après avoir remporté la Ligue des nations, compétition qu’elle n’a cédée qu’aux tirs au but l’an passé face au Portugal. Et si la Roja possède en Lamine Yamal un crack capable d’exploits individuels et en Rodri un capitaine ayant retrouvé l’étoffe du métronome désigné Ballon d’or en 2024, elle tient en Olmo un facilitateur hors pair, «un maître du jeu entre les lignes», tel que le décrit son sélectionneur Luis de la Fuente.
Face à la France en demi-finale (2-0), ses coups de pinceau ont été éblouissants, à l’image de sa déviation à une touche de balle pour Pedro Porro auteur du deuxième but. En première période, sa talonnade entre deux défenseurs dans le parfait timing vers Yamal aurait pu être à l’origine d’un des plus beaux buts du tournoi, si Dayot Upamecano n’avait pas sauvé les Bleus devant Fabian Ruiz.
Au sommet de son art à 28 ans, Dani Olmo a souvent été plombé par un physique réputé fragile, le privant d’une plus grande exposition internationale. «Ma vie et ma carrière ont été comme ça, je dois toujours démontrer ma valeur, mais ce n’est pas un problème, c’est une exigence envers moi-même», concédait-il avant le quart de finale contre la Belgique.
Révélé à Zagreb et Leipzig, sublimé par De la Fuente
Contrairement à ses coéquipiers, il a dû quitter l’Espagne à l’adolescence pour se construire un avenir, après avoir réalisé en 2014 que ses chances de s’imposer au Barça serait minces. Et au lieu de rejoindre un autre grand club du continent, il a choisi avec sa famille de partir au Dinamo Zagreb, un club réputé pour sa formation dont Luka Modric est issu.
«En Croatie, c’était une autre culture. En Espagne, on travaillait davantage avec le ballon. J’avais 16 ans et je m’entraînais avec des joueurs de l’équipe nationale qui avaient disputé des Coupes du monde. Ça a été un grand pas pour moi. Ça m’a fait progresser physiquement et mentalement, parce que le jeu était plus rapide», a-t-il expliqué par le passé. Après s’être fait remarquer à Zagreb, Olmo a évolué quatre ans en Bundesliga au RB Leipzig.
Durant tout ce temps, le FC Barcelone a toujours gardé un œil sur lui, au point de tenter de le faire revenir dès 2021, mais ses problèmes financiers étaient un obstacle. Partie remise, puisque le retour en bercail s’est produit en 2024 après l’Euro durant lequel il a brillé. Pas une première pour lui sous les ordres de Luis de la Fuente, déjà en charge de l’équipe championne d’Europe U19 en 2019. Ter repetita en 2026?
Opposées dimanche en finale du Mondial, l’Espagne et l’Argentine se sont finalement peu affrontées auparavant. Leur seul duel en Coupe du monde remonte à 1966, bien avant les premiers sacres argentins (1978, 1986, 2022) comme espagnol (2010). Ce 13 juillet 1966 à Birmingham, l’Argentine s’était imposée 2-1, avec un doublé de Luis Artime. Les Espagnols ont ensuite été éliminés dès les poules, alors que les Sud-Américains se sont inclinés en quart contre les futurs champions anglais (1-0).
Au total, l’Albiceleste et la Roja ne se sont affrontées qu’à 14 reprises, pour un résultat équilibré : six victoires de chaque côté, et deux matches nuls. La dernière opposition, en amical en mars 2018, a tourné à la correction pour les Sud-Américains, privés de Lionel Messi et surclassés 6-1 par l’Espagne alors dirigée par Julen Lopetegui. Une certaine revanche pour l’Espagne, qui en 2010, auréolée de son titre décroché au Mondial sud-africain, avait été giflée par l’Argentine (4-1), avec notamment un but de… Messi, sans surprise le seul rescapé de ce match.
Le succès de prestige de mars 2018 avait entretenu les espoirs espagnols d’une deuxième étoile au Mondial en Russie. Des ambitions rapidement douchées par le pays hôte, qui sort la Roja dès les 8es de finale, au même stade que l’Albiceleste, éliminée par la France. Vu la rareté de ces affrontements, la «Finalissima», le choc prévu le 27 mars dernier entre les champions d’Europe espagnols et l’Argentine sacrée en Copa America en 2024, avait donc de quoi faire saliver.
Mais la rencontre, qui devait se dérouler au Qatar, a fait les frais de la guerre au Moyen-Orient, comme d’autres événements sportifs dont les Grands Prix de Formule 1 de Bahreïn et de Djeddah, en Arabie saoudite, également annulés. L’annulation a d’ailleurs tourné à la polémique entre les deux fédérations, chacune se renvoyant la balle sur l’impossibilité de trouver une date et un lieu faisant consensus pour reporter le match, dans un calendrier du football déjà surchargé.