L’emblématique forêt de Fontainebleau, au sud-est de Paris, est dans la nuit de dimanche à lundi la proie d’un incendie d’une «ampleur exceptionnelle» qui nécessite l’engagement de moyens inédits en Île-de-France où le trafic ferroviaire est très perturbé.
Un panache de fumée flottant sur la forêt est visible à 20 kilomètres de distance, tandis que des camions de sapeurs-pompiers se rendent sur le sinistre par les petites routes forestières. Ils reçoivent le renfort d’agriculteurs qui arriment des citernes d’eau à l’arrière de leurs tracteurs.
Malgré les appels de secours à rester confinés pour ne pas s’exposer aux fumées, des habitants sortent sur le pas de leur porte pour assister médusés à ce ballet de véhicules de secours et de police, dans l’âcre fumée qui flotte sur la zone.
Quatre cents pompiers sont à pied d’œuvre dans la nuit pour lutter contre ce feu qui, depuis son déclenchement en bord d’autoroute dans l’après-midi, a déjà parcouru quelque 800 hectares en milieu de nuit, a indiqué le commandant Paul-Édouard Laurain, porte-parole du service départemental d’incendie et de secours (Sdis).
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez est attendu sur place lundi matin.
Si les soldats du feu comptent sur l’aide d’une baisse des températures à la faveur de la nuit, ils ne sont plus épaulés par les deux hélicoptères bombardiers d’eau et les deux avions dépêchés du sud de la France qui ont dispersé du produit retardant sur le brasier, et ont dû interrompre leurs rotations à la tombée du jour.
C’est la première fois que de tels avions sont mobilisés en région parisienne. Cet incendie, décrit comme «très virulent» par les secours, va nécessiter l’engagement durant «une ou deux semaines» de pompiers qui vont recevoir des renforts de toute la France, a indiqué lors d’un point presse le sous-préfet de Fontainebleau, Yannis Bouzar.
Sauver les vies et les biens
«L’objectif est de sauver les vies et les biens», a de son côté déclaré Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.
Une quinzaine d’habitations ont dû être évacuées dans la commune du Vaudoué, et plusieurs autres devaient être défendues dans la zone, ont indiqué les pompiers de Seine-et-Marne. «Sans les avions, les villages de Noisy-sur-École et du Vaudoué auraient été évacués, ça c’est une certitude», a déclaré Olivier Compta, qui dirige les secours. Vers minuit, un des fronts de flammes était à une centaine de mètres du Vaudoué.
Le sinistre a entraîné l’interruption de la circulation sur une portion de l’autoroute A6, tout comme elle l’avait été plus à l’est sur l’A5 en raison d’un de ces nombreux feux de chaume qui mobilisent les pompiers du département depuis plusieurs jours.
Ceci a surtout provoqué de très fortes perturbations ferroviaires avec, selon le site de la SNCF, des retards allant jusqu’à six heures pour les trains arrivant ou partant de la gare de Lyon, où dans la soirée de nombreux voyageurs, assis par terre, attendaient des informations.
«C’est le réchauffement climatique, c’est le dérèglement des saisons (…). Il y a des décisions politiques à prendre», commente Kelly, une kinésithérapeute de 34 ans, qui ne donne pas son nom de famille et prend son mal en patience, son train pour Grenoble, prévu au départ à 19 h 15 n’étant toujours pas annoncé trois heures plus tard.
Les fortes chaleurs, qui étouffent notamment l’Île-de-France depuis plusieurs jours, augmentent considérablement le risque de départs de feux, attisés également par la sécheresse des sols.
Partout dans le pays, les secours ont dû lutter contre les flammes : Pyrénées-Orientales, Drôme, Lot, Savoie, mais aussi des secteurs plus septentrionaux, comme l’Indre ou la Loire-Atlantique, démonstration qu’aucune région n’est à l’abri de ces incendies estivaux, favorisés par les épisodes de canicule de plus en plus fréquents.
Selon Laurent Nuñez, une fois le bilan «consolidé», «on sera à 25 000 hectares brûlés» en France, soit «deux fois plus par rapport à la même période» de 2025. Les autorités ont prévenu que les responsables de tels sinistres, volontairement ou par imprudence, feraient l’objet de poursuites pénales. Elles ne laisseront «rien passer», a prévenu le ministre, qui a indiqué samedi que 32 personnes avaient été placées en garde à vue depuis le début de l’été.