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À quoi bon?

Il y a quelque chose de fascinant à assister à la naissance d’une pièce de monnaie. La précision des gestes, le savoir-faire des graveurs, le bruit des presses, l’attention portée au moindre détail. Et, la semaine passée, l’événement revêtait une véritable dimension historique, avec la première frappe des euros à l’effigie du Grand-Duc Guillaume.

Pourtant, une question s’impose, une fois l’émotion passée : à quoi servent encore ces pièces?

Le Luxembourg est en effet le pays de la zone euro où l’on règle le moins souvent ses achats en espèces, selon la Banque centrale européenne (BCE). Carte bancaire, smartphone, montre connectée… Le paiement dématérialisé s’est aujourd’hui imposé dans les habitudes, au point que sortir quelques centimes de son porte-monnaie est devenu presque anachronique.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que les pièces de 1 et 2 centimes sont de plus en plus contestées. Selon le dernier Eurobaromètre, près de six Européens sur dix se disent favorables à leur suppression.

Leur coût de fabrication est régulièrement pointé du doigt, leur utilité remise en question, tandis que plusieurs pays appliquent déjà un arrondi des paiements sans que cela ne bouleverse vraiment le quotidien des consommateurs.

Alors… Faut-il continuer à célébrer la naissance de millions de pièces dont une partie finira au fond d’un tiroir, dans une tirelire ou perdue entre les coussins d’un canapé?

Bien sûr, ces euros ne sont pas seulement un moyen de paiement. Ils racontent aussi une histoire. Ils portent un visage, une identité nationale, un symbole de continuité institutionnelle. Ils voyageront dans toute l’Europe et rappelleront, au détour d’une monnaie rendue, l’existence du Luxembourg.

Mais cette dimension symbolique suffit-elle à justifier une production qui semble de plus en plus déconnectée des usages? À l’heure où le numérique s’impose, où chaque dépense publique est scrutée et où l’on réfléchit à l’impact environnemental de chaque processus industriel, la question mérite d’être posée.

Les nouvelles pièces à l’effigie du Grand-Duc Guillaume incarnent une transition dynastique. Elles illustrent peut-être aussi, sans le vouloir, la transition d’un monde où la monnaie sonnait dans nos poches vers un autre où elle circule, invisible, d’un écran à l’autre.

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