Le jeune Mexicain Isaac Del Toro a levé les bras dès le deuxième jour de sa vie sur le Tour de France, dimanche à Barcelone, grâce à une passe décisive de Tadej Pogacar, plus content que s’il avait gagné lui-même.
Dans une ambiance de corrida et un vacarme étourdissant, le duo infernal de l’équipe UAE a réussi un festival en franchissant la ligne ensemble avec un Pogacar tapant sur l’épaule de son jeune discipline qui se retournait pour désigner des doigts son leader afin de le remercier de l’offrande.
Derrière, Remco Evenepoel, troisième, et Jonas Vingegaard, quatrième, ont réussi à terminer dans le même temps au sommet de la colline de Montjuic. Mais ils avaient presque l’air de besogneux face à la flamboyance des deux feux follets qui ont célébré leur œuvre collective comme une victoire en finale de Coupe du monde.
Pogacar en particulier était déchaîné, soulevant son jeune coéquipier de 22 ans en l’air comme un fétu de paille. Et lorsqu’il a regagné son bus pour monter sur son vélo de récup’, la superstar slovène s’est emparé d’un énorme drapeau mexicain, tendu par un supporter, et a commencé à chanter comme s’il se trouvait dans un kop du stade Azteca, totalement extatique.
«Ça ne m’étonne pas qu’il offre la victoire. C’est très généreux de sa part. Mais Tadej est un super mec», a commenté Vingegaard qui conserve son maillot jaune pour six secondes face à Pogacar, certainement pas mécontent non plus d’éviter ainsi le protocole.
Del Toro, qui s’est écroulé au sol de fatigue à l’arrivée, avait presque l’air timide à côté, fauché par l’émotion aussi d’une première victoire sur le Tour de France qu’il découvre cette année.
«Vous ne pouvez même pas imaginer ce que ça signifie pour moi, pour mon pays, tout le travail qu’il m’a fallu pour arriver jusque-là. Je n’arrive pas à croire ce que je viens de faire, c’est juste dingue. Je vais m’en souvenir jusqu’à la fin de ma vie», a réagi le jeune homme, premier Mexicain à lever les bras sur le Tour depuis Raul Alcala en 1990.
Récent vainqueur du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième du Giro en 2025, le coureur de Basse-Californie pourrait prétendre à un rôle de leader dans n’importe quelle équipe et constitue un plan B solide dans ce Tour si jamais il arrive un problème à Pogacar.
Il est peu probable qu’il manquera de loyauté à la superstar slovène qu’il dit admirer profondément et avec lequel il partage de nombreux points communs.
Il vient, comme le Slovène, d’un pays sans tradition cycliste, a tapé dans l’œil des recruteurs avec une victoire dans le Tour de l’Avenir en 2023 (Pogacar c’était en 2018), et pratique un cyclisme pétillant, toujours porté vers l’attaque.
«Un bon début»

Tadej Pogacar a forcément été le premier à fêter le triomphe de son coéquipier. (Photo : afp)
Même l’impression visuelle est troublante lorsque Del Toro se tient, comme Pogacar, penché en avant sur son vélo, le buste bien droit, au moment de grimper avec une élégance certaine. Dimanche, après s’être concerté avec Pogacar, il a fait la différence dans le dernier virage menant vers l’arrivée au bout d’une rampe à 7 % que le peloton a escaladée à trois reprises.
Lors du dernier passage, il ne restait plus que les leaders et quelques puncheurs comme les Français Romain Grégoire (7e) et Lenny Martinez (8e), alors que Kévin Vauquelin avait été distancé rapidement.
Parmi eux, Paul Seixas, qui n’a pas connu une fin d’étape de tout repos. La pépite française de 19 ans a subi une crevaison à 40 kilomètres de l’arrivée qui l’a forcé à changer de vélo et à faire une remontée à hauts risques dans les rues étroites du circuit final, manquant même de se faire renverser par une voiture rouge de la direction de course.
«J’ai laissé quelques cartouches là», a expliqué le Lyonnais, neuvième de l’étape à seulement trois secondes du vainqueur. «Je me suis efforcé de reprendre des forces, ça montait moins fort que je croyais dans la dernière bosse. Mais j’ai pris une cassure au pied et je n’ai pas pu boucher l’écart. Trois secondes, c’est pas grand-chose. Honnêtement c’est très bien, un bon début de Tour.»
Ce lundi, le peloton sera confronté à des circonstances inédites : la 3e étape va en effet se courir en partie sans public, dans sa partie française et notamment à l’arrivée, en raison de la mobilisation des secours sur un important un incendie dans les Pyrénées-Orientales.
1re étape (samedi) : 1. Team Visma-Lease a Bike les 19,6 km en 21 min 47 sec; 2. Netcompany Ineos à 8 sec; 3. UAE Team Emirates XRG à 12 sec; 4. Lidl-Trek à 16 sec; 5. Red Bull-Bora-Hansgrohe à 19 sec; 6. Decathlon CMA CGM à 39 sec; 7. Alpecin-Premier Tech à 39 sec; 8. Groupama-FDJ United à 41 sec; 9. Bahrain Victorious à 47 sec; 10. Jayco-AlUla à 51 sec; 11. EF Education-EasyPost à 57 sec; 12. Pinarello-Q36.5 à 57 sec; 13. Soudal Quick-Step à 58 sec; 14. Uno-X à 1’00; 15. TotalEnergies à 1 min 02 sec; 16. Caja Rural à 1 min 12 sec; 17. Tudor à 1 min 14 sec; 18. NSN Cycling à 1 min 16 sec; 19. Cofidis à 1 min 17 sec; 20. Movistar à 1 min 18 sec; 21. Lotto Intermarché à 1 min 36 sec; 22. Team Picnic PostNL à 1 min 55 sec; 23. Astana à 2 min 18 sec
2e étape (dimanche) : 1. Isaac Del Toro (MEX/UAD) les 168,5 km en 3 h 40’01 (moyenne : 46 km/h); 2. Tadej Pogacar (SLO/UAD); 3. Remco Evenepoel (BEL/RBH); 4. Jonas Vingegaard (DEN/TVL) tmt; 5. Mattias Skjelmose (DEN/LTK) à 3 sec; 6. Tobias Johannessen (NOR/UXM); 7. Romain Grégoire (FRA/GFC); 8. Lenny Martinez (FRA/TBV); 9. Paul Seixas (FRA/DCT); 10. Tom Pidcock (GBR/Q36); 11. Lennert Van Eetvelt (BEL/LOI); 12. Juan Ayuso (ESP/LTK); 13. Ilan Van Wilder (BEL/SOQ) tmt; 14. Richard Carapaz (ECU/EFE) à 7 sec; 15. Alex Baudin (FRA/EFE) 10; 16. Florian Lipowitz (GER/RBH) mt; 17. Cian Uijtdebroeks (BEL/MOV) 27; 18. Adam Yates (GBR/UAD) 39; 19. Sergio Higuita (COL/XAT) 43; 20. Tobias Foss (NOR/IGD) mt; 21. Thymen Arensman (NED/IGD) 47; 22. Mathieu Van der Poel (NED/APC); 23. Egan Bernal (COL/IGD) tmt; 24. Alex Aranburu (ESP/COF) 49; 25. Harold Tejada (COL/XAT) 51… 36. Jai Hindley (AUS/RBH) 1’55… 40. Ben O’Connor (AUS/JAY) 5’31… 42. Guillaume Martin-Guyonnet (FRA/GFC) 5’31… 154. Alex Kirsch (LUX/COF) 13’56… 183. Arnaud De Lie (BEL/LOI) 18’25.
Classement général : 1. Jonas Vingegaard (DEN/TVL) 4 h 01’48; 2. Tadej Pogacar (SLO/UAD) à 6; 3. Remco Evenepoel (BEL/RBH) 15; 4. Isaac Del Toro (MEX/UAD) 16; 5. Juan Ayuso (ESP/LTK) 19; 6. Paul Seixas (FRA/DCT) 42; 7. Romain Grégoire (FRA/GFC) 44; 8. Florian Lipowitz (GER/RBH) 45; 9. Lenny Martinez (FRA/TBV) 53; 10. Tom Pidcock (GBR/Q36) 1’00; 11. Ilan Van Wilder (BEL/SOQ) 1’01; 12. Tobias Johannessen (NOR/UXM) 1’03; 13. Alex Baudin (FRA/EFE) 1’07; 14. Tobias Foss (NOR/IGD) 1’21; 15. Mathieu Van der Poel (NED/APC) 1’26; 16. Mattias Skjelmose (DEN/LTK) 1’36; 17. Davide Piganzoli (ITA/TVL) 1’38; 18. Lennert Van Eetvelt (BEL/LOI) 1’39; 19. Richard Carapaz (ECU/EFE) 1’43; 20. Thymen Arensman (NED/IGD) 1’48.
Les classements annexes :
Points (maillot vert) : 1. Isaac Del Toro (MEX/UAD)
Montagne (maillot à pois) : 1. Alex Molenaar (NED/CJR)
Équipes (général) : 1. UAE
Jeunes (maillot blanc): 1. Isaac Del Toro (MEX/UAD)