Le tiers-lieu à Eich, deuxième du genre dans la capitale après Bonnevoie, a ouvert ses portes ce mardi. Géré par l’ASTI, cet espace veut favoriser les rencontres entre citoyens.
Un nouvel espace d’échanges vient d’être inauguré à Eich. «Ce n’est pas un premier lieu dédié à la famille, ni un deuxième pour le travail ou l’école, mais un tiers-lieu dont l’objectif est de créer des rencontres et où le vivre-ensemble est au centre des motivations», détaille Sérgio Ferreira, porte-parole de l’ASTI (Association de soutien aux travailleurs immigrés asbl). L’association sera responsable de la gestion et de l’animation de l’endroit.
Ce mardi soir, il y avait foule au 145, rue de Mühlenbach, pour l’ouverture officielle, cette structure qui a pour vocation de favoriser les interactions entre les habitants des quartiers Beggen, Dommeldange, Eich, Mühlenbach et Weimerskirch. Elle sera ouverte au public du mardi au vendredi de 10 h à 18 h et le samedi de 10 h à 14 h. Après Bonnevoie, il s’agit du deuxième lieu de ce genre dans la capitale.
Implanté depuis plus de quarante ans
Bien implantée dans le secteur d’Eich, l’ASTI a été désignée pour proposer des animations régulières, adaptées aux besoins et demandes spécifiques du quartier — un secteur qu’elle connaît parfaitement. «C’est un quartier qui mixe des travailleurs manuels avec des salariés très qualifiés. Nous y sommes implantés depuis plus de quarante ans et, de notre point de vue, c’est un véritable laboratoire du vivre-ensemble», pointe Sérgio Ferreira.
Donner les clés aux résidents
Le vivre-ensemble interculturel et la dynamique communautaire locale seront au centre des missions menées par l’ASBL. Et pour ce faire, l’association souhaite surtout donner les clés aux résidents. «Nous sommes surtout là pour encadrer, pas pour être dans l’action des activités. Le lieu est ouvert depuis février et les gens se le sont déjà approprié», appuie Sérgio Ferreira. Les animations seront décidées en concertation avec les habitants et en collaboration avec des associations partenaires et des intervenants externes. Les citoyens sont eux-mêmes invités à émettre des idées et à proposer leurs propres initiatives pour faire vivre la communauté.
De la cuisine à la bachata
Ce tiers-lieu a été pensé comme un espace ouvert pour que celles et ceux qui y passent puissent se rencontrer, s’informer, participer à des activités, obtenir un accompagnement dans certaines démarches administratives ou sociales, ou encore se faire des amis. Côté programmation, sont déjà prévus des échanges culinaires, un café des parents, un groupe de parole, des ateliers de dessin, des jeux de société et des initiations à la bachata.
Entre pression sur le terrain et vigilance politique
Le 26 juin dernier, l’ASTI publiait son rapport d’activités et dressait le bilan d’une année marquée par une forte pression sur ses services de terrain et par un important travail de plaidoyer face aux réformes migratoires en cours au Luxembourg. L’ASBL y défend un «vivre-ensemble» fondé sur des droits et devoirs partagés plutôt que sur l’assimilation, rappelant que le Luxembourg est «façonné par l’immigration».
L’ASTI monte au front sur l’immigration et l’asile
L’année législative 2025-2026 a été dense en matière d’immigration, et l’ASTI n’est pas restée en retrait. L’association a passé au crible plusieurs projets de loi qui redessinent la politique migratoire du Grand-Duché.
Premier dossier : le permis unique (PL 8586), salué comme une avancée pour la sécurité juridique des travailleurs de pays tiers. Mais l’ASTI tempère son enthousiasme sur le volet asile du même texte, qui restreint le regroupement familial des bénéficiaires de protection internationale — au risque de retarder des réunifications déjà fragilisées par la guerre ou l’exil. Même constat critique pour la transposition du Pacte européen sur la migration et l’asile (PL 8684), jugée trop répressive. Face à ce durcissement, l’ASTI réclame une régularisation exceptionnelle des personnes en séjour irrégulier, la dernière remontant à 2013.
Sur l’éducation, l’association soutient le projet d’alphabétisation en allemand ou en français (PL 8587), sous conditions : accompagnement des enseignants, des enfants et des parents, vigilance contre les stéréotypes linguistiques. Elle avise aussi favorablement la réforme de la représentation des parents à l’école.
Autre front : le racisme et la pauvreté. L’ASTI, qui a rejoint le groupe de suivi du plan national antiracisme, insiste pour que ce combat ne se limite pas au racisme envers les personnes afrodescendantes, citant les études du LISER et du CEFIS. Elle pointe aussi les lacunes du PAN Pauvreté, notamment l’absence de statistiques fiables sur la pauvreté.
Guichet Info-Migrants : un service sous tension
Le guichet a traité 5 039 emails en 2025, dont 4 501 liés au droit de séjour, et réalisé 529 entretiens en présentiel. Faute de remplacement d’une salariée en congé maternité, le service a dû restructurer son fonctionnement : passage à un système uniquement sur rendez-vous depuis avril, et déménagement en janvier 2026 pour des raisons budgétaires. L’ASTI alerte sur l’écart croissant entre la demande et les moyens humains disponibles.