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[Magazine] En Indonésie, soigner son stress devient un jeu d’enfant


Photo : afp

À Jakarta, mégapole où les habitants sont confrontés aux inondations, à la pollution, au stress professionnel et à la dépression, certains retombent en enfance et louent les jeux collectifs, vus comme une soupape de décompression. Ambiance.

Essoufflée, en sueur, mais rayonnante de joie, Annisa Enggracia Fidel court de long en large pour protéger son fort des envahisseurs, tous adultes et profondément absorbés par un jeu traditionnel habituellement apanage des enfants indonésiens. Cette dernière, 31 ans, appartient à la «Play Community» de Jakarta, un groupe qui se réunit tous les vendredis après le travail et permet à des adultes de s’adonner à des jeux pour enfants afin de décompresser. «Plus on dépense d’énergie, plus on transpire, plus on évacue le stress!», assure la jeune femme, au milieu de quelque 500 personnes, pour la plupart des professionnels épuisés, réunies dans un grand stade de la capitale indonésienne.

La jeune femme travaille dans le secteur technologique et affirme que cette rencontre hebdomadaire lui apporte un exutoire indispensable. «Bien sûr, nos hormones du bonheur, les endorphines, sont également libérées et c’est ce qui nous donne plus d’énergie et de motivation», ajoute Annisa Enggracia Fidel. L’aire métropolitaine de Jakarta est, selon les Nations unies, la plus grande du monde avec plus de 42 millions d’habitants, avec les villes satellites de Bekasi, Bogor ou Depok. Une cité grouillante où les habitants sont confrontés à des embouteillages interminables, des inondations, une pollution atmosphérique suffocante et une pénurie criante d’espaces verts.

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Selon le ministère de la Santé, 1,5% des habitants de Jakarta âgés de plus de quinze ans ont souffert de dépression l’année dernière, un chiffre supérieur à la moyenne nationale. La création de la «Play Community» remonte à 2024. Son fondateur, Akihiko Akira, faisait face à la pression du travail et à des problèmes personnels. «Tout a commencé parce que, comme la plupart des membres de la génération Z, j’étais stressé par le travail et épuisé par la vie», explique-t-il. Cet employé de bureau de 24 ans trouvait alors du réconfort dans le «lompat karet», un jeu de son enfance qui consiste à sauter par-dessus un élastique.

Plus on dépense d’énergie, plus on transpire, plus on évacue le stress!

Les vidéos qu’il a publiées ont suscité un vif intérêt de la part d’autres personnes souhaitant se joindre à lui. Le concept s’est ensuite étendu à d’autres régions de la grande île de Java, comme Bandung et Yogyakarta, et même jusqu’à l’île de Bali. Les participants, qui peuvent parfois être jusqu’à un millier et n’ont rien à débourser, doivent simplement apporter leur bouteille d’eau et des vêtements confortables. De nombreux jeux sont très énergivores, tels «bentengan» (pour «gardez votre fort»), ou une variante de cache-cache appelée «petak jongkok».

Certains optent pour une évasion plus détendue sous la forme du «congklak», un jeu où il faut compter en utilisant des graines ou des pierres, ou le «bola bekel», semblable aux osselets. Imam Hidayat, développeur informatique, a rejoint le groupe de Jakarta après avoir découvert une session l’an passé. «J’étais très stressé à cause des délais, je travaille dans une banque d’affaires», dit le jeune homme de 27 ans. «Ça me rend tellement heureux. J’ai joué deux parties ce soir, dont une partie de « bentengan » avec plein d’autres personnes», se réjouit-il.

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Selon Ratih Ibrahim, psychologue basée à Jakarta, des initiatives comme «Play Community» s’avèrent inestimables, agissant comme antidépresseur sans médicament. «Il y a un sentiment de solidarité  : on rencontre de nouvelles personnes, et à ce moment-là, on redevient humain», souligne-t-elle. «En chaque personne, il y a une part d’enfant et le jeu est une sorte de nécessité pour nous tous», ajoute-t-elle. Intan Permata, une femme au foyer de 36 ans, mère de trois enfants, a rejoint la communauté il y a un an.

«Dans notre vie quotidienne, nous sommes toujours tellement pris par les problèmes scolaires, les enfants, la maison et tout ça… C’est vraiment une pause rafraîchissante!», confie-t-elle. «Mon âme d’enfant est soudainement revenue, toutes mes douleurs musculaires ont disparu et je me sens heureuse», apprécie-t-elle, ajoutant qu’elle ne craint plus de passer près d’une heure et demie dans les transports, chaque vendredi, pour venir jouer depuis sa province voisine de Banten.

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