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[Musique] Serge Tonnar ou la Sénégal connexion


(Photos : transport en commun)

Accompagné de son fils Tun, Serge Tonnar tisse un pont musical entre le Luxembourg et le Sénégal. Chansons, clips, collaborations et nouvelle association témoignent de ce rapprochement.

 

Parfois, une histoire débute d’un rien. Un coup de chance, une dose de hasard… ou quelques lignes inscrites dans Le Petit Futé. C’est ce qui est arrivé à Serge Tonnar, alors en vacances avec sa femme au Sénégal, quand celle-ci lit dans Le Petit Futé qu’un artiste «engagé socialement» vit à Nianing, l’endroit même où passe leur taxi. Le Luxembourgeois, qui se trouve vite des traits communs avec ce «rasta activiste» du nom de MamJ Ras Soul, le contacte sur Facebook. Quelques heures plus tard, il se retrouve chez lui, dans son studio, à tester, jouer, enregistrer des «trucs et d’autres». «On s’est tout de suite entendus», témoigne-t-il aujourd'hui, heureux alors de «découvrir une autre culture» et ainsi dépasser son statut de touriste, «qui ne voit jamais au-delà de la façade d’un pays».

 

Ni une ni deux, les bases sont posées et les contacts pris, auxquels s’ajoutent celui d’Adee, un autre musicien sénégalais rencontré également entre 2023 et 2024, ce coup-ci par l’entremise d’une amie. Avec «naturel» là aussi, le courant passe d’emblée, au point que les mots étaient parfois secondaires. «On était à la page, il avait sa petite guitare, il m’a chanté ses chansons… Moi, j’ai enregistré et j’ai commencé à travailler dessus dès mon retour au Luxembourg.» Résultat : un premier morceau réalisé «à distance» entre deux continents, La Même Destination, ballade produite par Luka, un des fils de Serge Tonnar qui, clairement, ne compte pas s’en arrêter là. Et de cette improvisation des débuts va naître un programme «ciblé» en février 2025, soutenu «entièrement» par l'ambassade du Luxembourg à Dakar.

 

Résidence artistique et afro-pop

Au menu, le tournage d’un clip et la création d’un single avec le même MamJ Ras Soul. Ce sera Mama Africa, qui lui aussi aura droit à sa vidéo un an plus tard, à la suite d'un troisième voyage au Sénégal qui prendra la forme d'une résidence artistique, financée par le ministère de la Culture luxembourgeois et celui des Affaires étrangères. Chose notable de ce dialogue interculturel qui prend consistance : la présence de son autre fils, Tun, notamment connu au pays pour ses activités de producteur sous le nom de Turnup Tun. L’idée fait sens, selon le père : «Avec un producteur, tout est plus facile, car sinon, on est obligé de tout faire soi-même : créer, écrire, chanter, enregistrer, faire le montage…». Ce n’est toutefois pas la première fois que les deux collaborent ensemble – on leur doit, entre autres, le morceau Viva! (2024).

 

Amener le Sénégal au Luxembourg, et inversement!

Une chanson qui résonne encore de façon particulière dans l’oreille du garçon : «Les rôles étaient inversés : c’était moi le chef! (il rit)». En dehors de ce «rééquilibrage» des rapports familiaux, il lui était surtout demandé d’apporter ses qualités, qu’il précise. «J'ai une bonne écoute et une compréhension pour tout ce qui est moderne, ce qui fonctionne aujourd’hui», dit-il, ajoutant ne pas avoir de préférence pour tel ou tel style, mais privilégier plutôt les «terrains d’entente», les points de «convergence». Ce que confirme Serge Tonnar : «Ce n’est pas une question de genres, mais de quelque chose qui rassemble». Une passerelle qui le concerne aussi, lui qui se dit de «l’ancien monde». «On ne produit plus du tout comme à l’époque. Aujourd’hui, avec un téléphone, c’est réglé! Même les musiciens sont parfois de trop.»

Un choc des mondes, géographiques et temporels, qui s’entend dans Mama Africa, mélangeant la tradition (percussions, kora), les sonorités acoustiques et une rythmique gonflée de basses. Au point de les laisser sans voix quand il s’agit de définir cet assemblage : «De l’afro-pop?», essaye Serge Tonnar, sans conviction. Finalement, l’appellation la plus adéquate qu’ils vont trouver pour définir cette liaison sera celle de leur nouvelle association, et par prolongement, de leur groupe : Transport en Commun, qui sonne un peu comme Carte de séjour, la formation française de Rachid Taha des années 1980. Son objectif est dual : d’abord, d’un point de vue pragmatique, avec ces deux duos et «d’autres à venir», il était important de ne pas se «disperser» et rassembler les productions sous un nom d’usage unique. Ensuite, il permet surtout de s’établir et «pérenniser le projet». Comprendre, entre les lignes, exister pour «trouver des sources de financement».

Échange «d’égal à égal» 

«Ça pourrait même être sponsorisé par le ministère du Tourisme au Sénégal», prolonge Serge Tonnar en parlant de la qualité des deux clips, qui font la part belle à la beauté de l’Afrique et son folklore, tout comme les morceaux aux parties chantées en wolof et en diola.

 

«Les réalisateurs sénégalais (Cheikh Wowa et Harris Kassé) sont fiers de leur pays. Ils veulent en montrer toute sa beauté.» Idem pour les paroles qui évitent le terrain de la politique pour embrasser celui de la fraternité, quitte à sonner un peu «cliché». «Ce groupe, c’est un pont entre deux cultures, explique Serge Tonnar. On y fête l’importance de la rencontre, de l'humanité, de la tolérance.» Un échange «d’égal à égal», donc, qui s’observa bientôt à travers de nouvelles collaborations (à l'état de «tâtonnements»), et qui s’observe déjà dans un autre titre qui devrait lui sortir à la fin de l’année : Love Is the Only Solution.

 


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