Alors que des espoirs de désescalade émergeaient via une médiation pakistanaise, Donald Trump a menacé l’Iran d’intensifier les bombardements en cas de refus d’un accord imminent sur le nucléaire notamment.
Le principal négociateur de l’Iran et président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a affirmé mercredi que Washington cherchait à obtenir la «reddition» de Téhéran par une «nouvelle stratégie» visant à «détruire la cohésion du pays». «L’ennemi, dans sa nouvelle stratégie, cherche, à travers un blocus naval, une pression économique et une manipulation médiatique, à détruire la cohésion du pays afin de nous contraindre à nous rendre», a-t-il déclaré dans un message vocal publié sur sa chaîne officielle Telegram.
Cette déclaration intervient quelques heures après les menaces de Donald Trump. «Si l’Iran accepte de donner ce qui a été convenu, ce qui est peut-être une supposition importante, la déjà légendaire opération « Fureur épique » sera terminée», a écrit le président américain sur son réseau Truth Social. Mais «s’ils n’acceptent pas, les bombardements commenceront, et ce sera, malheureusement, à un niveau et avec une intensité bien plus forts qu’avant», a-t-il averti, en référence à la campagne américano-israélienne menée du 28 février au cessez-le-feu du 8 avril.
Une pause du «Projet Liberté» de courte durée?
La nouvelle pression imposée par Donald Trump intervient pourtant au moment où des espoirs renaissaient d’une reprise des négociations entre les deux camps pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. «L’Iran examine toujours le plan et la proposition américaine», avait de son côté affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, cité par l’agence de presse ISNA.
Mardi, le locataire de la Maison-Blanche avait annoncé, «compte tenu des « grands progrès accomplis en vue d’un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens», la suspension de l’opération américaine «Projet Liberté» lancée juste 48 heures plus tôt pour permettre à des centaines de bateaux coincés dans le Golfe de franchir le détroit d’Ormuz verrouillé par Téhéran.
Cette pause dans l’opération avait été décidée notamment à la demande du Pakistan, principal médiateur entre les deux camps. Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, dont le pays a accueilli des négociations directes jusqu’ici sans lendemain, avait alors dit avoir «bon espoir» que l’actuelle dynamique aboutisse à une paix durable.
Selon deux responsables américains et deux autres sources au fait du dossier cités par le site américain Axios, la Maison-Blanche estime être sur le point de conclure «un protocole d’accord d’une page visant à mettre fin au conflit et à établir un cadre en vue de négociations nucléaires plus approfondies».
«Nous aurons à les bombarder sans pitié»
Toujours selon Axios, les États-Unis attendraient des réponses de Téhéran dans les 48 prochaines heures. «L’accord verrait l’Iran s’engager à un moratoire sur l’enrichissement nucléaire, les États-Unis accepter de lever leurs sanctions et de débloquer des milliards de dollars de fonds iraniens gelés, et les deux parties lever les restrictions entourant le transit par le détroit d’Ormuz», affirme le site d’information.
«Je pense qu’il y a de bonnes chances que ça se termine», a déclaré Donald Trump dans un bref entretien à la chaîne PBS, «mais si cela ne s’achève pas, nous aurons à les bombarder sans pitié». S’il s’est dit optimiste sur les chances d’arriver à un accord, il a aussi ajouté : «J’ai eu cet optimisme avec eux avant, donc on verra bien.» Dans un autre bref entretien téléphonique, il a déconseillé à une journaliste du New York Post de se préparer à aller au Pakistan pour un nouveau cycle de négociation entre Washington et Téhéran : «On n’y est pas encore.»
En Iran, certains ne cachent pas leur fatigue et leur lassitude face aux tergiversations sur les négociations. «Que vous soyez en Iran ou non, la pression psychologique est intense. Tout le monde est déprimé et sans espoir à cause de ce jeu psychologique», confie Azadeh, une traductrice de 43 ans jointe à Paris.
Le porte-avions français Charles de Gaulle va se prépositionner dans la région du Golfe, un «signal» que la coalition montée par Londres et Paris se tient prête à sécuriser le détroit d’Ormuz dont le déblocage doit, selon la présidence française, être décorrélé de négociations entre Téhéran et Washington. «Le porte-avions Charles de Gaulle et ses escorteurs franchissent le canal de Suez mercredi 6 mai 2026, en route vers le sud de la mer Rouge», a annoncé le ministère français des Armées dans un communiqué.