SÉRIES Malcolm in the Middle, Baywatch, Scrubs… La nostalgie du public est devenue la nouvelle stratégie éprouvée par les chaînes et les plateformes de streaming, qui minimisent ainsi les risques financiers.
De la guerre de Troie à Superman, de la littérature au cinéma, «cela fait très longtemps que nous réutilisons des personnages et des univers», rappelle Robert Thompson, professeur en médias et culture populaire à l’université américaine de Syracuse. Mais le phénomène a pris une ampleur inédite avec la multiplication des plateformes de streaming, pour lesquelles «revenir à des franchises bien établies est une façon de se prémunir de beaucoup de risques potentiels», ajoute-t-il. En effet, «des millions de dollars ont déjà été dépensés pour le marketing, la promotion et l’établissement de la marque».
Héros d’une sitcom à succès du début des années 2000, Malcolm et sa famille dysfonctionnelle ont ainsi repris du service en avril sur Disney+, pour une ultime saison de quatre épisodes. Hulu, filiale de Disney, a ressuscité avec la chaîne américaine ABC la sitcom hospitalière Scrubs (2001-2010) en début d’année. Prime Video consacrera cet été une série aux années lycée d’Elle Woods, l’héroïne incarnée par Reese Witherspoon en 2001 dans le film Legally Blonde. Et si Hulu a abandonné son projet de suite de Buffy the Vampire Slayer (1997-2003), Fox prépare une nouvelle version de Baywatch (1989-2001). En parallèle, des séries lancées dans les années 2000 et encore en production, comme Grey’s Anatomy (depuis 2005) ou NCIS (depuis 2003), figurent toujours parmi les contenus les plus streamés chaque année.
Ce qui fait leur attrait? «La nostalgie», répond Sohni Kaur, qui s’est penchée sur le phénomène en 2021, alors qu’elle était étudiante en psychologie et études des médias au Scripps College, aux États-Unis. «C’est un mécanisme de défense assez courant», analyse celle qui a trouvé du «réconfort» pendant la pandémie de covid dans les films de vampires pour adolescents Twilight (2008-2012) et des succès de Bollywood datant des années 1990. «Le fait de regarder en arrière et de revisiter quelque chose que l’on connaît apaise un peu l’anxiété, ou bien cela nous détourne simplement des bouleversements en cours», détaille-t-elle.
Cycles de 20 ans
À l’instar de Gilmore Girls (2000-2007) ou Friends (1994–2004), certaines séries semblent plus propices à la nostalgie, car elles mettent en scène «des familles ou des familles choisies», avance Sohni Kaur. Mais même les films d’horreur Scream, lancés en 1996, continuent de faire recette, avec un 7e opus sorti début 2026. Le film, qui fait revenir des personnages cultes des trois premiers volets, s’est immédiatement imposé comme le plus gros succès de la saga.
La nostalgie, c’est un mécanisme de défense assez courant
La nostalgie semble «fonctionner par cycles d’une vingtaine d’années», observe Robert Thompson. Le temps pour une génération de s’installer dans l’âge adulte et de se retourner vers les œuvres qui ont accompagné son adolescence. Avec désormais du pouvoir d’achat et, parfois, des enfants en âge de consommer aussi ces contenus. Il est donc logique que les productions des années 2020 regardent vers celles des années 2000. Mais ça n’est pas tout, selon les experts. «C’était juste avant qu’on ne bascule dans cette phase de croissance technologique exponentielle», remarque Sohni Kaur. «Y revenir donne un sentiment de sécurité.»
Les programmes télévisés étaient alors encore des rendez-vous collectifs majeurs. Leurs «remakes» témoignent de la «place centrale qu’occupait la télévision dans la culture au tournant du XXIe siècle», affirme Robert Thompson. Autre marque d’un retour en arrière, les plateformes adoptent de plus en plus la diffusion hebdomadaire des épisodes, plutôt que la sortie de saisons entières en un seul bloc, comme l’a popularisé Netflix ces dernières années. C’est notamment le cas de The Pitt, série hospitalière de HBO dans la droite ligne d’un autre succès du tournant du XXIe siècle, ER (1994–2009). L’un des arguments principaux de la série est d’ailleurs qu’elle remet dans la lumière son acteur principal, Noah Wyle.