Les discours du 1er-Mai de l’OGBL et du LCGB n’augurent rien de bon pour la tripartite à venir. Les coprésidents de l’Union des syndicats, Nora Back et Patrick Dury, n’ont pas épargné le gouvernement, qualifié à la fois d’exécutif «le plus hostile aux salariés de ces dernières décennies» et d’«incompétent, inactif et paresseux». Les «attaques sans précédent» menées ces deux dernières années et demie contre les syndicats, le droit du travail et les pensions n’ont toujours pas été digérées. Depuis le clash sur le salaire minimum, les tensions se sont encore accentuées. S’y ajoute désormais le bras de fer dans le secteur de la santé, où l’OGBL et le LCGB redoutent une privatisation sous la pression du «bord le plus radical des médecins libéraux», accusé de vouloir «s’en mettre plein les poches». Il s’agirait de la goutte d’eau qui ferait déborder le vase. L’union syndicale agite le spectre d’une grève générale – une nouvelle fois, cette action ultime étant évoquée depuis décembre 2024. Les représentants du salariat privé ont démontré leur capacité à mobiliser avec – selon leurs chiffres – quelque 25 000 personnes qui ont battu le pavé, fin juin 2025, dans la capitale.
Que se passera-t-il en cas d’échec de la tripartite? Selon Nora Back, le Grand-Duché doit déjà faire face à de multiples crises, d’où la nécessité d’ouvrir les négociations à des dossiers cruciaux, comme le logement. La présidente de l’OGBL évoque même la nécessité d’un «New Deal» pour le Luxembourg. La vision est ambitieuse, mais elle ne pourra sans doute pas être débattue et mise en œuvre en un seul cycle de réunions tripartites à l’échelle nationale. Renouer la confiance avec le gouvernement, en s’accordant sur des mesures d’aide concrètes pour les ménages et les entreprises, s’annonce déjà suffisamment complexe. En cas de succès, une première pierre pourrait toutefois être posée pour voir plus loin ensemble.
Hué vendredi à la fête de l’OGBL, le Premier ministre, Luc Frieden, aura mieux mesuré l’ampleur de la tâche qui l’attend. Il n’a toutefois pas hésité à aller au contact de militants en colère, dans une tentative d’apaiser les tensions. Une initiative louable, mais qui ne suffira pas à saisir pleinement le pouls de la population.