La filière de poulets luxembourgeois créée par La Provençale vient de fêter ses cinq ans et s’impose peu à peu sur le marché.
Lancé en 2021, le pari était osé : créer une véritable filière de poulets élevés au Luxembourg. Car si les Luxembourgeois consommaient déjà à l’époque près de 20 kilos de volailles par an, la quasi-totalité venait de l’étranger alors que les producteurs nationaux ne contribuaient qu’à hauteur de 1,3 %.
Pour changer la donne, La Provençale, après quatre ans d’études et de concertation, avait alors décidé de s’associer avec quatre aviculteurs (les familles Annet à Weiler, Kaes à Bastendorf, Thiry à Schouweiler et Zigrand à Niederpallen). Baptisée Lët’z Poulet, cette gamme de poulets proposés entiers et à la découpe souhaitait mettre en avant des produits de qualité issus d’une agriculture durable et locale.
À l’époque, les ambitions restaient modestes. Cette nouvelle filière projetait de couvrir 2,5 % de la consommation nationale (soit 300 tonnes ou 4 200 poulets par semaine), ce qui obligeait tout de même à doubler la production. Cinq ans plus tard, le pari semble gagné ou du moins sur la bonne route. Alors qu’en 2020, la volaille luxembourgeoise était absente des rayons de La Provençale, la montée en puissance de la filière a été particulièrement rapide. En janvier dernier, Lët’z Poulet a annoncé avoir franchi la barre du million d’unités vendues et la production atteint aujourd’hui les 340 000 poulets par an (soit plus de 6 500 par semaine). «Nous avons prouvé qu’une filière locale, durable et économiquement viable est possible au Luxembourg», se félicite Georges Eischen, associé gérant à La Provençale.
Des producteurs toujours plus nombreux
Entre-temps, le label a su séduire les producteurs. En mars 2023, les familles Cannivé et Hoffmann ont choisi d’intégrer le programme, portant à six le nombre de producteurs et à huit le nombre de poulaillers participant à la filière. Tous sont soumis à des règles strictes pour favoriser, à défaut de pouvoir faire du bio, le bien-être des animaux ainsi qu’une production durable.
Les volailles sont ainsi élevées dans des conditions optimales, bénéficiant de poulaillers ventilés et chauffés, d’une lumière naturelle, de jardins d’hiver (un accès à l’air libre minimise le risque de contamination sanitaire) et d’une alimentation locale, sans OGM, élaborée à partir de céréales produites au Luxembourg et dans la Grande Région. La durée d’élevage est quant à elle de 53 jours, contre 35 dans les standards industriels.
Pour les éleveurs, Lët’z Poulet est l’assurance d’un revenu stable et durable, puisque La Provençale s’engage à acheter 100 % de leur production et garantit un revenu minimum sur dix ans. Ce partenariat intéressant permet aux éleveurs de diversifier leurs activités et de se protéger d’une éventuelle crise dans une autre filière. «Lët’z Poulet repose sur un modèle juste et équitable pour nous», reconnaît Bob Kaes, aviculteur. Mais l’initiative ne soutient pas que les producteurs de volailles. En adoptant une alimentation composée à 65 % de céréales locales, elle offre des débouchés aux cultivateurs de la région et génère de l’emploi indirect aussi bien dans la production d’aliments que dans la logistique.
Bientôt 400 000 poulets par an
La filière ne compte pas se reposer sur ses lauriers. Lët’z Poulet va continuer à s’étendre en accueillant dans les prochains mois de nouveaux éleveurs : la famille Schroeder. Grâce à elle, la filière disposera d’un nouveau poulailler à Everlange, ce qui permettra de porter la production à 400 000 volailles par an d’ici septembre.
Elle teste aussi un nouveau procédé qui devrait améliorer le bien-être animal. Appelé le nestborn, celui-ci permet aux poussins de naître directement dans le bâtiment d’élevage, sans transport après éclosion. De quoi réduire le stress des poussins et favoriser un développement plus naturel, mais aussi améliorer les performances d’élevage.