Le Dr Wilmes est la victime d’une instruction entièrement à charge. C’est ce qu’il a expliqué vendredi lors d’une conférence de presse, entouré de spécialistes en orthopédie. Victime d’une cabale?
Pourquoi le Dr Philippe Wilmes est-il à ce point attaqué? Quelles sont les véritables raisons de ce lynchage? Vendredi, au cours d’une conférence de presse de plus de deux heures, le spécialiste en orthopédie, accusé dans un rapport d’avoir opéré des ligaments croisés sains, s’est défendu corps et âme avec le soutien de confrères qui ne comprennent pas les conclusions du rapport rendu au ministère de la Santé.
C’est sur la base de ce rapport que la ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, Martine Deprez, a pris un arrêté qui prolonge de 21 mois l’interdiction d’opérer qui frappe le Dr Wilmes. Les spécialistes présents, le premier intéressé en tête, martèlent que les experts ont bâclé leur travail en se contentant d’observer les IRM qui, à elles seules, ne peuvent pas donner une image complète des cas pris en considération.
Pour bien faire passer son message, le Dr Wilmes a livré un petit cours magistral à la presse pour expliquer ce qu’est un ligament croisé, sa fonction et les lésions qui peuvent survenir. Contrairement aux trois experts français qui ont parlé de mutilations, les spécialistes présents vendredi aux côtés du Dr Wilmes ont soutenu qu’un examen clinique et une arthroscopie étaient tout aussi nécessaires pour déceler un problème au niveau des ligaments croisés. L’histoire du patient l’est tout autant.
Vendredi, une patiente était présente, dont le cas a été étudié sans son consentement par les experts et qui a dit tout le bien qu’elle pensait de l’orthopédiste aujourd’hui incriminé. Elle a été opérée en octobre 2025 par le Dr Wilmes après deux interventions chirurgicales du ménisque qui ne l’ont pas soulagée. Elles avaient été réalisées par l’un des médecins qui ont lancé l’alerte auprès du Collège médical deux semaines après que la patiente eut été réopérée par le Dr Wilmes. Ce dernier y voit une curieuse coïncidence.
Tout à la fin de sa conférence, répondant aux questions des journalistes, il a évoqué ses relations avec la ministre Deprez et leurs nombreuses rencontres afin de mettre en musique l’accord de coalition dont le Dr Wilmes fut l’un des architectes concernant le chapitre santé. On sait aujourd’hui que la levée de boucliers contre une libéralisation de la médecine a fait rétropédaler le gouvernement et le Dr Wilmes a qualifié de «houleuse» sa dernière réunion avec Martine Deprez.
Droits bafoués
Il ne comprend pas que la ministre puisse dire aux députés en commission qu’elle ne le connaît que d’une «manière indirecte», vu les nombreuses entrevues et déjeuners qu’ils ont eus ensemble. Sans le dire ouvertement, le Dr Wilmes laisse entendre qu’il est victime d’une cabale. C’est aussi ce que pense son avocat, Me Prüm, assisté par Me Nickels. Ils observent que les droits de la défense ont été bafoués depuis le premier jour : «Le contradictoire n’a pas été respecté, à aucun moment de la procédure administrative», lancent-ils.
En janvier, quand le médecin a été suspendu une première fois pour trois mois, il n’a pas eu la possibilité d’argumenter sur les cas soumis au Collège médical, vu qu’ils étaient anonymes. Lors de l’expertise menée par les spécialistes français, deux orthopédistes et un radiologue, les conclusions avaient été prises avant même que le Dr Wilmes puisse présenter ses arguments.
Pour les médecins spécialistes présents vendredi à la conférence de presse, c’est du jamais vu. Ils défendent l’intégrité du médecin et ses hautes compétences et massacrent le rapport, qu’ils jugent indigne de la part de professionnels de la santé. Selon un professeur émérite allemand, l’examen arthroscopique est plus important que les IRM pour déterminer une lésion sur les ligaments croisés.
Le Dr Wilmes a, au cours de sa carrière d’une quinzaine d’années, réalisé plus de 5 000 interventions, et entre 2018 et 2025, il a observé quelque 1 100 ligaments croisés endommagés et il n’a eu recours à la chirurgie que dans 10 % des cas, selon ses données.
«Ce rapport est en contradiction flagrante avec tout ce qui vient d’être dit par les spécialistes», exprime Me Prüm. Selon la défense, les experts ont fait dix copier-coller et ils ont réussi à rendre une conclusion négative sur un cas qui a donné entière satisfaction.
«Je ne comprenais pas que les médecins d’avant n’aient pas vu que c’étaient les ligaments croisés.» La patiente en question a témoigné hier qu’elle est allée à Strasbourg pour consulter un spécialiste qui en est arrivé à la même conclusion que le Dr Wilmes, à savoir que son ligament croisé était endommagé.
De plus, le Dr Wilmes a versé 11 témoignages, dont ceux de ses assistants qui n’ont pas été pris en considération non plus. Personne, vendredi, ne comprenait cette instruction menée exclusivement à charge. «Il y a de quoi se demander ce qu’il se passe réellement ici», déclare le Dr Wilmes.
Geneviève Montaigu