Le Luxembourg serait-il dans une mode «shoegaze»? C’est ce que dit le festival Out of the Crowd, dans lequel ce genre vieux de trente ans, où les guitares sont reines et les effets multiples, sera défendu samedi par deux groupes nationaux, dont Fulvous.
Ces derniers temps au Luxembourg, en dehors du jazz et du metal, courants déjà bien implantés, la jeune garde s’adonne principalement aux joies du hip-hop, de l’électronique et de la pop. Et le rock dans tout ça? Yacko Stein, membre d’Ultra World et fondateur du 404 Festival, dont la première édition s’est déroulée au Melusina il y a un mois, parie justement sur une résurgence de groupes alternatifs à l’ancienne, dont il a déjà vu éclore quelques bourgeons au pays.
«Des artistes reviennent aux instruments, fondent des groupes et osent!», confiait-il. Autre rendez-vous de la scène underground, bien plus ancien celui-ci – il fête sa vingt-deuxième édition samedi –, le Out of the Crowd confirme l’idée en plaçant sur son affiche deux formations nationales «à guitares» : Sunny Gloom (porté par le seul Yann Gengler, vu chez Tuys) et Fulvous. Point commun : un goût partagé pour le «shoegaze».
Pour ceux qu’ils ne le savent encore pas, derrière ce nom intrigant se cache un courant musical né à la fin des années 1980 du côté du Royaume-Uni, propagé un peu partout dans le monde par My Bloody Valentine, The Jesus and Mary Chain et Slowdive, pour ne citer que les plus fameux d’entre eux. Concrètement, il s’agit d’utiliser intensivement les guitares et les distorsions avec, en arrière-plan, un chant qui se perd dans un paysage éthéré en haute altitude.
Le terme provient d’ailleurs de cette tendance qu’ont ses représentants à regarder leurs chaussures ou leurs pédales d’effets sur scène, plutôt que le public. «C’est une musique où les instruments sont bruyants!», synthétise dans un rire Élodie, la jeune batteuse de Fulvous, au départ pourtant branchée «dream pop» avant de rencontrer, comme elle dit, les «garçons». Depuis, elle n’en démord pas : «Jouer fort, j’adore!».
Du grunge aux harmonies
Les mecs qui l’accompagnent ne sont guère plus vieux. Moyenne d’âge : la vingtaine à peine entamée. Il y a Noé (basse), qu’elle a rencontré à l’école, puis Raphaël et Demian, les deux guitaristes, amis d’enfance. Ce dernier, véritable colonne vertébrale du groupe, endosse différents rôles : musicien donc, mais aussi chanteur et surtout compositeur.
Selon sa partenaire de jeu, c’est son père qui l’a ouvert au rock des années 1980-1990, Nirvana en tête, et dans le sillage à Kurt Cobain, plein d’autres «artistes d’une toute autre génération». Fulvous, quatuor né fin 2022, a déjà ses références et une envie : celle de jouer à fond, le grunge porté en étendard. Mais au fil du temps et des répétions, le style s’affine, comme l'écoute. «On a commencé à faire des couplets de plus en plus cool, quasi contemplatifs, et à augmenter le volume durant les refrains», rembobine la batteuse.
Quand un effet arrive, c’est quelque chose de beau à voir et à entendre!
Devant elle, c’est le grand emballement. Les albums de Nothing et de Cocteau Twins squattent les enceintes, tandis que les pédales s’ajoutent aux pieds des musiciens et encombrent le sol. On parle alors de «distorsion», de «réverbération», de «phaser», de «shimmer»… Et ça, ça change tout. «Quand un effet arrive, c’est quelque chose de beau à voir et à entendre!, dit Élodie, conquise. Quand il n’y en a pas, ça sonne creux.» Seul inconvénient sérieux : le temps.
«Il faut toujours des ajustements, que les deux guitares s’alignent parfaitement et soient complémentaires, que les harmonies restent justes… Ce sont des étapes à respecter, mais qui peuvent parfois fatiguer.» (elle rit). Le premier album de Fulvous, Burning Flowers, sorti en février, s’est construit sur ce même modèle : avec patience, «sachant qu’être au lycée, ça ne facilite pas les choses». Et rigueur, incarnée tout entière par le frontman Demian.
Obsession quasi geek
Durant «deux bonnes années», le quatuor se plie ainsi à la «précision» du guitariste, afin de trouver «une forme d’authenticité» à leur musique. Chacun y met du sien, jusqu’à Élodie, qui raconte s’être mise à la guitare, histoire de ne pas être oubliée des débats. «Quand il faut prendre une décision pour tel ou tel morceau, il faut connaître de quoi on parle, car parfois, les différences, subtiles, ne s’entendent pas à l'oreille.» Elle qui apporte aussi sa voix et sa «sensibilité féminine» au collectif reconnaît toutefois fonctionner «au feeling», contrairement à l’homme à tout faire du groupe, à l’esprit moins volatile et plus mathématique.
«Il intellectualise tout et ne laisse rien au hasard, explique-t-elle. Sur certaines chansons,
il a mis huit couches de guitare l’une au-dessus de l’autre. C’est quelque chose de fou!» Logique d’apprendre qu’à la fin de l’année, Demian s’orientera vers le milieu de la production musicale.
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