CAMEROUN Depuis le début de sa tournée de 11 jours dans quatre pays d’Afrique, le pape est sorti de son habituelle retenue pour endosser un style plus affirmé.
Malheur (…) à ceux qui détournent les religions et le nom même de Dieu à leurs propres fins militaires, économiques et politiques», a lancé Léon XIV après que le vice-président américain J.-D. Vance l’eut à son tour critiqué, l’appelant à «être prudent» sur les sujets de théologie.
«Le monde est en train d’être ravagé par une poignée de tyrans, mais il est maintenu uni par une multitude de frères et sœurs solidaires!«, a encore appuyé le pape devant les fidèles dans un discours en anglais empreint de gravité à Bamenda, épicentre des violences dans le nord-ouest du pays, qui ont fait des milliers de morts en près d’une décennie.
Ces déclarations renforcent l’opposition, devenue explicite ces derniers jours, entre le pape natif de Chicago, qui s’est posé en artisan d’une diplomatie pacifiste, et le président américain qui l’a jugé «faible« et «nul en politique étrangère».
Arrivé devant la cathédrale de Bamenda dans une papamobile aux vitres blindées et sous escorte militaire, le pape américain a béni la foule en liesse dans une ambiance bouillonnante, entre chants, vrombissement des vuvuzelas et percussions, exhibant des drapeaux du Cameroun et du Vatican et des pancartes à son effigie.
À sa sortie, il a participé à un lâcher de colombes, symbole de la paix qu’il a appelée de ses vœux sur cette «terre ensanglantée mais fertile». «Ceux qui dépouillent votre terre de ressources investissent généralement une grande partie des profits dans les armes, dans une spirale de déstabilisation et de mort sans fin», a-t-il déploré.
«Les seigneurs de la guerre (…) font semblant de fermer les yeux sur le fait qu’il faut des milliards de dollars pour tuer et dévaster, mais qu’on ne trouve pas les ressources nécessaires pour soigner, éduquer et relever», a également dénoncé le pape.
Le continent africain «pillé»
Dans l’après-midi, le souverain pontife a célébré une messe sur le tarmac de l’aéroport de la ville, après s’être offert un bain de foule au contact des quelque 20 000 fidèles qui l’ont acclamé à son passage.
Dans une tonalité fortement sociale, il a dénoncé «le mal causé venant de l’extérieur, par ceux qui, au nom du profit, continuent de s’emparer du continent africain pour l’exploiter et le piller».
Le Cameroun dispose de ressources abondantes – pétrole, bois précieux, cacao, café, coton – mais aussi de vastes gisements miniers qui attirent depuis des décennies groupes étrangers et élites locales.
Mercredi, devant les autorités de ce pays multiconfessionnel, au premier rang desquelles son président, Paul Biya, qui dirige d’une main de fer depuis 1982, le pape a délivré un discours d’une rare fermeté, appelant à «briser les chaînes de la corruption».
Hautement symbolique, son déplacement à Bamenda était particulièrement attendu : à la suite de manifestations pacifiques violemment réprimées y est né fin 2016 un conflit opposant des indépendantistes de la minorité anglophone du pays, qui ont proclamé la «République d’Ambazonie», au gouvernement de Yaoundé.
En raison des violences liées à ce conflit, plus de 330 000 personnes étaient déplacées à l’intérieur du Cameroun en 2025 et plus de 100 000 autres se sont réfugiées au Nigeria voisin, selon l’ONU.