Le ministre des Affaires intérieures, Léon Gloden, souligne encore et toujours qu’il faut mener une politique migratoire «avec cœur et raison». Un credo que le Collectif Réfugiés (LFR) ne retrouve pas dans le projet de loi visant à transposer en droit luxembourgeois le Pacte européen sur la migration et l’asile. Les ONG dénoncent carrément un «recul historique des droits accordés aux personnes cherchant refuge au Luxembourg». Auparavant, le LSAP, déi gréng et déi Lénk étaient montés au créneau pour fustiger le virage répressif que contiendrait le projet ficelé par le ministre chrétien-social, en charge de l’immigration et de la sécurité intérieure. Ces deux portefeuilles semblent former un tout avec à la clé de possibles dérives, également identifiées cette semaine par le Conseil d’État. Les Sages ont émis une trentaine d’oppositions formelles, souvent d’ordre technique, mais l’avis très critique pointe plus concrètement le placement en rétention de mineurs non accompagnés. La controversée directive européenne prévoit bien cette mesure. Le projet de loi serait néanmoins trop flou pour garantir que les jeunes concernés seront hébergés dans des centres adaptés, avec la présence d’un personnel qualifié afin de préserver leurs droits et de répondre à leurs besoins.
D’une manière plus globale, le Collectif Réfugiés estime que la transposition du Pacte sur la migration et l’asile se révèle «beaucoup trop sécuritaire et pas assez protectrice des personnes». Les associations membres demandent aux députés d’amender le projet de loi en conséquence. Avec l’avis du Conseil d’État, les élus n’auront plus le choix. Ils seront obligés de répondre aux observations émises par la Haute Corporation. Pas sûr toutefois que le ministre Gloden soit disposé à revoir la ligne plutôt répressive de son texte, qui va, sur plusieurs points, plus loin que le texte européen. Le principe du CSV et du DP d’appliquer les directives à la lettre n’est donc pas respecté dans ce cas précis.
«Au-delà d’une loi, nous sommes face à un choix de société : le Luxembourg veut-il être un pays de droits ou un pays de tri et d’exclusion?» Gouvernement et Chambre devront répondre, a priori avant juin, à cette question justement posée par le Collectif Réfugiés.