Poursuivis pour une violente agression à Bonnevoie jeudi dernier, six mineurs ont été placés par le parquet au centre pénitentiaire de Schrassig. Une décision injustifiable pour les défenseurs des droits de l’enfant.
Du vol d’une veste à de la détention provisoire à Schrassig, voilà le bilan d’une violente agression survenue entre mineurs au parc Kaltreis de Bonnevoie jeudi dernier, le 19 mars. Quatre jours après les faits, le parquet de Luxembourg a révélé ce lundi matin la scène qui s’est déroulée vers 17 h 30 en bordure de ce quartier de la capitale.
Jeudi, une personne mineure de 14 ans a été prise à partie par six adolescents âgés de 13 à 17 ans, «semblant faire partie d’un groupe connu», selon la justice. Ils ont commencé par racketter la victime, exigeant qu’elle donne sa veste, avant de s’en prendre à elle physiquement. «La victime a été projetée au sol et frappée à plusieurs reprises, notamment à coups de poing et de pied, y compris au niveau de zones sensibles telles que la tête», décrit le parquet.
Par la suite, les agresseurs l’ont également menacée, lui enjoignant de ne pas contacter les forces de l’ordre «en évoquant des conséquences encore plus graves». À la violence et aux intimidations s’est ajoutée une certaine fierté du groupe, qui a filmé son méfait «dans une logique de mise en scène et de valorisation, pouvant s’apparenter à une forme de trophée».
Placement provisoire à Schrassig
Après l’ouverture d’une enquête par le commissariat de Bonnevoie, la section délinquance juvénile de la police judiciaire a pris le relais en mobilisant douze de ses enquêteurs spécialisés, soutenus par des unités de la police grand-ducale. Les six suspects ont alors «rapidement» été identifiés et «des perquisitions ont été effectuées dans la foulée, au cours desquelles l’objet soustrait a pu être retrouvé». Les vidéos de l’agression, quant à elles, «feront l’objet d’analyses approfondies».
Après l’interrogatoire des suspects par la police judiciaire, le parquet a décidé, lundi, leur placement en centre fermé. Bien que tous mineurs, les agresseurs sont désormais entre les murs du centre pénitentiaire de Luxembourg (CPL) à Schrassig, aux côtés d’adultes : «En raison de l’absence de capacités d’accueil disponibles dans les structures spécialisées pour mineurs, le parquet de Luxembourg a été contraint d’ordonner, à titre exceptionnel, leur placement provisoire au CPL.»
De quoi provoquer la colère de Grégory Fonseca : «Une telle décision dépasse manifestement ce qui peut être considéré comme nécessaire dans une société démocratique.» Membre de l’ASBL Eran, eraus… an elo qui défend les droits des personnes privées de liberté, il a réagi dans la foulée de l’annonce du parquet au nom du Child Rights Observatory (Observatoire pour les droits de l’enfant), institution qu’il vient de créer. Le militant estime que cette détention provisoire «constitue une violation directe des droits de l’enfant».
«Une atteinte aux droits fondamentaux»
Grégory Fonseca invoque les articles 3, 19, 20, 27, 29, 37 et 40 de la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant qui «imposent aux États de protéger l’intérêt supérieur de l’enfant, de garantir sa dignité et d’assurer sa protection contre toute forme de violence, tout en limitant strictement la privation de liberté à une mesure de dernier ressort».
Il considère donc cette détention provisoire comme «disproportionnée» et dangereuse pour les six mineurs concernés, puisqu’«une séparation réelle et effective entre mineurs et adultes dans un tel environnement carcéral n’est pas assurée et ne peut l’être en pratique».
Il ajoute que «la justice des mineurs ne vise pas à punir, mais à protéger, éduquer et accompagner» et qu’«enfermer des enfants dans un environnement carcéral pour adultes est incompatible avec ces principes fondamentaux». Dans son communiqué, le fondateur du Child Rights Observatory évoque aussi «les défaillances structurelles de l’État» qui empêchent le placement des mineurs à l’Unisec, l’unité fermée pour mineurs au sein du Centre socio-éducatif de l’État (CSEE) à Dreiborn.
En 2025, 29 mineurs ont été placés en détention avec les adultes à cause du manque de place dans cette unité de sécurité qui peut accueillir 12 personnes. «Bien que regrettable s’agissant de mineurs», cette mesure «s’impose au regard de la gravité des faits et de la nécessité de garantir la sécurité publique ainsi que le bon déroulement de l’enquête», assure le ministère public.
«L’argument tiré du manque de place à l’Unisec ne saurait justifier une atteinte aux droits fondamentaux», rétorque Grégory Fonseca, qui appelle à la libération des six mineurs.