Le ministre de la Coopération, Xavier Bettel, a rappelé hier l’attachement du Luxembourg au multilatéralisme, condamnant sans détour les acteurs qui imposent la loi du plus fort.
Face aux nouveaux foyers de crise et aux anciens qui se ravivent, le ministre de la Coopération, Xavier Bettel, a fait, hier, un tour d’horizon de la politique d’aide au développement et humanitaire que mène un Luxembourg fidèle à ses engagements. La coopération, malgré tout, poursuit ses efforts pour lutter contre la pauvreté et défendre les valeurs auxquelles le pays est attaché, à commencer par le multilatéralisme, la solidarité et le partenariat «dans un monde où ces valeurs sont bafouées», observe le vice-Premier ministre.
Le pays mobilise pour cela 1 % du PNB, soit 615 millions d’euros, dont 73% destinés à l’aide bilatérale, le reste étant réservé à l’aide humanitaire. En 2025, l’aide publique au développement (APD) était gérée à 81% par le ministère des Affaires étrangères, 10 % par le ministère des Finances et les 9 % restants correspondaient aux contributions provenant d’autres ministères et à la part de la contribution luxembourgeoise au budget de l’UE affectée à l’APD.
Si l’engagement du Luxembourg ne varie pas, ses partenaires changent. Les coopérants ont dû quitter le Sahel «en proie à la prolifération du djihadisme», une région devenue trop dangereuse. Du côté du Sénégal, «les relations se sont détériorées», malgré les efforts du Luxembourg pour maintenir le dialogue. Le sort réservé aux homosexuels dans ce pays a fait réagir Xavier Bettel, qui n’a pas reçu de retour aux invitations qu’il a adressées à certains membres du gouvernement sénégalais à venir au Luxembourg. Pas de nouveaux projets à ce stade des relations.
Le Luxembourg demeure aux côtés du Togo et du Bénin et surtout du Cap-Vert, que Xavier Bettel qualifie de «démocratie forte». Le nouveau programme indicatif de coopération a été signé à Praia le mois dernier à l’occasion d’une visite ministérielle du ministre. Le programme, qui disposait d’un budget initial de 85,4 millions d’euros, a été porté à plus de 113 millions d’euros. La Coopération luxembourgeoise a également poursuivi son appui budgétaire dans les secteurs de l’emploi et de la santé, le Cap-Vert étant le seul pays partenaire avec lequel cette modalité est mise en œuvre. «Le Luxembourg y a une très bonne réputation», souligne Xavier Bettel.
En Mongolie, la Coopération luxembourgeoise a poursuivi son engagement dans le secteur de la santé, en mettant l’accent sur la lutte contre les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité dans le pays. L’appui s’est poursuivi dans le cadre du projet « Cardiologie, chirurgie cardiaque et télémédecine en Mongolie», mené en partenariat avec l’hôpital Shastin à Oulan-Bator et l’Institut national de chirurgie cardiaque et de cardiologie interventionnelle (INCCI) du Luxembourg.
La Mongolie a également renforcé en 2025 le partage de son expertise en cardiologie avec le Laos, en s’appuyant sur les acquis développés avec le soutien du Luxembourg. Xavier Bettel a souligné les bienfaits d’un mécanisme de financement mixte associant un prêt de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pour la construction du centre national des maladies cardiovasculaires et une contribution luxembourgeoise pour l’équipement et l’assistance technique. «Dans un contexte international où la pression sur la coopération s’intensifie, il devient important de trouver des instruments de financements innovants», déclare le ministre.
L’accent mis sur l’Afrique
Au Bhoutan, la coopération s’est concentrée en 2025 sur le secteur du tourisme, en particulier sur la formation professionnelle et un partenariat avec l’École d’hôtellerie et de tourisme du Luxembourg (EHTL).
Mais c’est bien en Afrique que le Luxembourg veut mettre l’accent, comme inscrit dans l’accord de coalition. Le Luxembourg a entamé une relation avec le Malawi qui vit «une transition démocratique et pacifique», selon Xavier Bettel, rappelant qu’il s’agit d’un des pays les plus pauvres au monde. Le ministre évoque aussi un nouvel accord en préparation avec le Zambie et l’ouverture d’une nouvelle ambassade au Kenya.
Des partenariats ont aussi vu le jour dans l’urgence, comme en Ukraine où le Luxembourg investit 123 millions pour la reconstruction des installations énergétiques et l’aide humanitaire. Au Proche-Orient, aussi, «où la situation humanitaire se détériore de façon catastrophique», dit-il. «Dans ce contexte profondément instable, le Luxembourg s’est engagé en faveur de la stabilité, de la solidarité et du respect du droit international humanitaire», insiste-t-il, en dénonçant les ambitions expansionnistes d’Israël en Cisjordanie et peut-être bien au Sud Liban.
«La crise que traverse le multilatéralisme est profonde et touche la coopération au développement. Les décisions d’acteurs majeures l’ont affaibli», remarque amèrement Xavier Bettel, en indiquant que le Luxembourg ne reculera pas et témoignera toujours son attachements aux agences onusiennes, tout en condamnant la politique de Trump et «sa loi du plus fort».