La Chambre a vécu hier après-midi un moment particulier, peut-être même historique. L’adoption en première lecture de l’inscription de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution fait écho au vote de 2008 ouvrant la voie à la légalisation de l’euthanasie. Dans les deux cas, il s’agit d’une réforme sociétale majeure, acquise au bout d’un long combat, démarré non pas dans les sphères politiques, mais au sein même de la société civile. Et comme à l’époque, les fractions de la majorité parlementaire ont donné libre choix à leurs élus. Pas d’obligation de suivre la position officielle du CSV et du DP en la matière. Il est aussi à souligner que le droit à l’avortement et l’accès à l’euthanasie sont le résultat d’une proposition de loi.
De coutume, ce genre d’initiative parlementaire émanant de l’opposition est d’office voué à l’échec. Le texte introduit par le député Marc Baum a donc fini par être soutenu par une majorité requise des deux tiers. Parmi les 21 députés conservateurs du CSV, 16 ont dit oui, deux se sont abstenus et trois n’ont pas participé au vote. Comme prévu, le médecin Gérard Schockmel a été le seul député du DP à dire non. Le seul parti à voter non en bloc est, également sans surprise, l’ADR, venu créer des remous dans un débat pourtant très serein et respectueux. LSAP, déi gréng, le Parti pirate et, en toute logique, déi Lénk ont tous soutenu l’inscription de l’IVG dans la Constitution. Le cheminement du texte est aussi remarquable dans la mesure où Luc Frieden, le Premier ministre et président du CSV, a très rapidement soutenu l’initiative. Le Conseil d’État, par son feu vert, et le DP, le partenaire de coalition du CSV, avaient mis la pression sur le camp chrétien-social. Mais, comme le démontre le résultat du vote, ce sont surtout les jeunes élus qui ont poussé à sauter le pas. En 2008, Nancy Kemp-Arendt était la seule élue du CSV à valider l’euthanasie. Le CSV a donc aussi connu une évolution majeure.
Que faire maintenant de cette avancée sociétale majeure? Se montrer digne et continuer à miser sur la prévention et la sensibilisation. Et souligner que la liberté d’avorter n’est pas un droit absolu. Le délai légal de 12 semaines n’est aucunement remis en question.