La mort de Nemesio Oseguera, alias «El Mencho», chef du redouté Cartel Jalisco Nueva Generación tué dimanche lors d’une opération militaire menée avec l’appui des États-Unis, a déclenché une flambée de violences à travers le Mexique.
Le Mexique a été secoué par une vague de violences dimanche après la mort du chef de l’un des plus gros cartels de la drogue lors d’une opération militaire réalisée avec le soutien des États-Unis, les autorités s’employant à éviter une aggravation des troubles. Au moins 8 des 32 États mexicains ont suspendu lundi les cours en présentiel et le pouvoir judiciaire a autorisé les juges à maintenir les tribunaux fermés lorsqu’ils l’estiment nécessaire, tandis que la présidente Claudia Sheinbaum a appelé au calme.
Tué à l’âge de 59 ans, Nemesio Oseguera, alias El Mencho, était considéré comme le dernier des grands parrains depuis l’arrestation des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquín Guzmán «El Chapo» et Ismael «Mayo» Zambada, incarcérés aux États-Unis. À la tête du puissant cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), il était l’un des barons de la drogue les plus recherchés par le Mexique et les États-Unis, qui offraient jusqu’à 15 millions de dollars pour sa capture.
«Les États-Unis ont fourni un soutien en matière de renseignement au gouvernement mexicain afin de l’aider dans une opération (…) au cours de laquelle Nemesio +El Mencho+ Oseguera a été éliminé», a confirmé la porte-parole du président Donald Trump, Karoline Leavitt, sur le réseau social X.
Donald Trump a érigé en priorité la lutte contre le narcotrafic et a exhorté plusieurs fois la présidente Claudia Sheinbaum à laisser Washington envoyer des forces américaines afin de lutter contre les cartels qui opèrent au Mexique, une proposition qu’elle a jusqu’à présent rejetée. «El Mencho» a été blessé lors d’une opération menée dans la localité de Tapalpa, dans l’État de Jalisco (ouest), et il est décédé peu après, alors qu’il était transporté par avion vers Mexico.
Au total, sept criminels ont été tués et trois soldats blessés. Deux membres du CJNG ont été arrêtés et diverses armes ont été saisies, notamment des lance-roquettes capables d’abattre des avions et de détruire des véhicules blindés, selon la même source.
Ville paralysée
En réaction à l’opération militaire, des membres présumés du cartel ont déclenché une vague de violence dans 20 États du pays. Des individus armés ont bloqué plusieurs routes de l’État de Jalisco (ouest) avec des voitures et des camions incendiés, où l’on pouvait voir la nuit des restes de véhicules calcinés et d’autres encore en flammes. La présidente Claudia Sheinbaum a appelé sur X la population à rester «informée et calme».
«Des individus armés sont arrivés, j’ai vu le pistolet et ils nous ont dit de sortir, nous sommes sortis et ils avaient une voiture avec les portes ouvertes. J’ai pensé qu’ils allaient nous kidnapper, j’ai couru vers un stand de tacos» pour m’y réfugier, explique à l’AFP Maria Medina, employée d’un magasin de proximité incendié à Guadalajara, la capitale de Jalisco.
Après un appel lancé à la population pour qu’elle se mette à l’abri, la ville – qui doit accueillir quatre matchs de la Coupe du monde de football 2026 – s’est retrouvée paralysée. Les États-Unis ont appelé leurs concitoyens présents dans plusieurs zones du Mexique, dont des villes et régions touristiques comme Cancun, Guadalajara et Oaxaca, à «se mettre à l’abri jusqu’à nouvel ordre».
Des compagnies aériennes nord-américaines ont annulé des dizaines de vols vers plusieurs villes mexicaines. Le Guatemala a placé ses forces de sécurité en alerte et renforcé la surveillance de sa frontière avec le Mexique, qui fait régulièrement l’objet d’incursions de gangs.
Cartel violent
Selon les autorités mexicaines, à 20 h (02 h GMT lundi), près de 90 % des 229 barrages enregistrés dans le pays avaient été levés. Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain, a qualifié la mort du narcotrafiquant de «grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde entier».
Le CJNG, qu’Oseguera avait formé en 2009, a été qualifié en 2025 d’organisation terroriste par les États-Unis, qui l’accusent de trafic de cocaïne, d’héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl.
Le cartel est l’un des plus violents au Mexique, selon le département d’État, qui le décrit comme un «transnational, présent dans presque tout le Mexique», pratiquant l’extorsion, le trafic de migrants, le vol de pétrole et de minerais et le commerce des armes.
Pendant longtemps, il n’a pas réussi à rivaliser avec les cartels qui contrôlaient la frontière avec les États-Unis. Il s’est alors tourné vers d’autres marchés. «L’Europe, l’Asie, l’Afrique et même l’Australie étaient moins disputées par les Mexicains et là-bas la drogue se paie plus cher», explique José Reveles, écrivain spécialiste du narcotrafic. Les violences liées aux cartels ont fait plus de 450 000 morts et plus de 100 000 disparus depuis 2006 au Mexique, selon les chiffres officiels.