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[Cinéma] Paolo Sorrentino, tout en sagesse et en grâce


Paolo Sorrentino dit s'être inspiré de «divers présidents de la République italienne», dont l'actuel titulaire du poste, Sergio Mattarella, juriste, veuf et épaulé par sa fille avocate, comme le personnage incarné par Toni Servillo dans le film. (Photo : andrea pirrello/pathé)

Après avoir porté à l’écran plusieurs figures controversées de la vie politique italienne, Paolo Sorrentino dépeint dans son dernier film un président de la République italienne fictif hanté par le doute, mais «caractérisé par une certaine sagesse».

«C’est un film d’amour», résume le cinéaste napolitain Paolo Sorrentino à propos de La grazia, qui sort mercredi en salles. Toni Servillo, son acteur fétiche avec qui il a tourné huit films, incarne Mariano de Santis, un président italien confronté à des choix cornéliens dans ses dernières semaines au palais romain du Quirinal. La performance de l’acteur, saluée par la critique, lui a valu la coupe Volpi de la meilleure interprétation au dernier festival de Venise.

Catholique, réfléchi, épris de droit, Mariano de Santis se voit exhorté par sa fille juriste (Anna Ferzetti) de promulguer une loi légalisant l’euthanasie. Un choix cornélien – apparaître comme «un meurtrier» ou «un tortionnaire» – qui se double d’une tâche tout aussi délicate : décider, ou non, de gracier deux prisonniers condamnés pour les meurtres de leurs conjoints. Mais plus qu’un film sur les dilemmes moraux d’un président, cette œuvre parle d’un «homme amoureux de sa femme», décédée et dont il n’arrive pas à faire le deuil, «amoureux de sa fille, amoureux du droit, et de la difficulté de digérer ce sentiment», a expliqué Paolo Sorrentino.

C’est le troisième film du réalisateur centré sur une personnalité politique, après avoir scruté de près deux hommes politiques incontournables de la seconde moitié du XXe siècle en Italie, Giulio Andreotti (Il divo, 2008) et Silvio Berlusconi (Loro, 2018). Mais cette fois-ci, il brosse le portrait d’un homme droit et mû par «la quête du bien commun». Ce genre d’homme politique «existe encore, mais beaucoup moins» qu’auparavant, veut croire le réalisateur, oscarisé en 2014 pour La grande bellezza.

Aujourd’hui, je ne vois pas de personnalités politiques suffisamment nuancées pour mériter un film

La politique «est devenue moins une vocation qu’une forme d’opportunité, une occasion de s’affirmer, de satisfaire sa vanité, d’entrevoir des avantages», égrène Paolo Sorrentino. D’ailleurs, «la politique ne m’a jamais vraiment intéressé», balaye le cinéaste, préférant s’attarder sur «les rapports de force entre les personnes, donc les rapports de pouvoir» – un thème qu’il a encore creusé, non plus dans les couloirs des bâtiments politiques mais dans ceux du Vatican, avec les miniséries The Young Pope (2016) et The New Pope (2020). Et si les vies du flamboyant Silvio Berlusconi ou de l’ombrageux Giulio Andreotti se prêtaient à une adaptation cinématographique, «aujourd’hui, je ne vois pas de personnages suffisamment nuancés pour mériter un film», lâche Paolo Sorrentino.

«La grâce, on y arrive avec le temps»

Pour écrire le personnage de Mariano de Santis, le réalisateur dit s’être inspiré de «divers présidents de la République italienne qui ont tous été caractérisés par une certaine sagesse, un comportement de bon père de famille envers les Italiens». Dont l’actuel titulaire du poste, Sergio Mattarella, juriste, veuf et épaulé par sa fille avocate. Mariano de Santis demande constamment «un temps supplémentaire de réflexion», interroge ses certitudes juridiques et personnelles, et va même jusqu’à consulter le pape – africain, car «je trouvais amusant qu’il ait des dreadlocks», sourit le cinéaste – pour prendre la meilleure décision.

Ce que recherche le personnage, c’est l’accession à une forme de grâce, estime-t-il. La grâce «n’est pas quelque chose que l’on possède immédiatement, on y arrive avec le temps, avec la réflexion, les changements, les déceptions», précise Paolo Sorrentino. «C’est une manière d’être au monde, douce, gentille, responsable, nourrie par le doute», poursuit-il. «C’est quelque chose qui peut se conquérir avec le temps, quand certains sentiments un peu nerveux que l’on a quand on est jeune s’atténuent : l’ambition, la frénésie, la volonté de s’affirmer.» L’âge et les expériences de la vie font qu’on peut devenir «soit des personnes âgées très rancunières, soit des personnes âgées pleines de grâce», observe Paolo Sorrentino.

La grazia, de Paolo Sorrentino.

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