Dans le combat pour l’inclusion scolaire, le manque de personnel plombe l’accompagnement des élèves à besoins spécifiques. Le SEW-OGBL lance un énième appel au gouvernement.
La Journée internationale des droits de l’enfant célébrée aujourd’hui est l’occasion pour le syndicat Éducation et Sciences (SEW) de l’OGBL et ses partenaires transfrontaliers de rappeler que l’inclusion fait partie des droits fondamentaux et n’a rien d’un «supplément d’âme». Les élèves ayant des besoins spécifiques ont les mêmes droits que leurs camarades de classe.
Or, si les États européens soutiennent bel et bien des sociétés plus inclusives – l’UE est notamment signataire de la Convention relative aux droits des personnes handicapées – au Luxembourg, en France et en Allemagne, «l’inclusion n’est pas mise en œuvre de manière satisfaisante», pointent d’une même voix les organisations syndicales.
«Les conditions ne sont pas remplies»
À travers leurs échanges réguliers, elles observent en effet que, peu importe le modèle, les ressources manquent, et les conditions nécessaires à l’accueil d’élèves avec handicap «ne sont pas remplies». «Les enseignants, les personnels éducatifs et les familles se sentent démunis et dépassés.»
Quant aux enfants, «ils subissent la politique inclusive plus qu’ils n’en tirent profit», déplorent les acteurs du secteur. «La résolution des problèmes est renvoyée à la responsabilité des enseignants ou des personnels d’accompagnement, alors qu’ils affrontent un manque d’effectif flagrant et que le soutien institutionnel est insuffisant.»
«Parfois plus de cent enfants en attente»
Des points noirs régulièrement soulevés côté luxembourgeois par le SEW-OGBL, face au ministère qui continue de faire la sourde oreille.
«On nous dit par exemple qu’il n’y a pas de liste d’attente pour les centres de compétences. Cependant, en réunion avec les responsables de ces centres, on parle parfois de plus de cent enfants qui attendent une place! C’est terrible», dénonce Joëlle Damé, présidente du SEW-OGBL.

(Photo : Hervé Montaigu)
D’où un nouvel appel du syndicat pour un discours plus transparent des autorités, doublé de statistiques solides. Car «jusqu’ici, on ne dispose d’aucun chiffre», grimace-t-elle.
Pas de chiffres disponibles
Un constat confirmé par l’Observatoire national de l’enfance, de la jeunesse et de la qualité scolaire (OEJQS) qui écrivait, dans un rapport de 2023 : «Les données concernant les élèves ayant des besoins spécifiques sont particulièrement rares. Ces informations sont parfois totalement manquantes, incomplètes ou peu fiables.»
«Comme si le problème n’existait pas», poursuit l’enseignante. Or, sur le terrain, ses collègues voient bien que la situation s’aggrave : «Désormais, dans presque toutes les classes, il y a des enfants au comportement difficile pour lesquels on n’a pas de solution. Ou alors, elle arrive trop tardivement.»
Le SEW-OGBL réclame aussi des équipes multidisciplinaires plus proches des écoles et des procédures plus rapides, alors qu’actuellement, il faudrait près de deux ans pour obtenir une aide, selon le syndicat.
«Le ministère nous rétorque que les moyens ont été augmentés : c’est vrai, mais le nombre d’enfants à besoins spécifiques a littéralement explosé, tout comme la population scolaire. On court constamment après les ressources.»
Le casse-tête du recrutement
D’autant que le recrutement est devenu très compliqué ces dernières années, avec des enseignants et éducateurs qui jettent l’éponge, lessivés par ce système, et de nouvelles recrues qui lâchent ou se réorientent, après quelques mois seulement.
«Désabusés, les éducateurs préfèrent partir dans le privé, les enseignants, eux, cherchent une place dans un autre service du ministère.»
Un élève m’a lancé
une chaise
Les quelques témoignages recueillis par le SEW-OGBL reflètent la dureté de leur quotidien : «Des enfants perdent le contrôle et deviennent violents. La semaine dernière, un élève m’a lancé une chaise», raconte cette enseignante au fondamental.
«Si le système tient, c’est au prix de notre santé physique et mentale.» Une autre interroge les autorités : «Depuis septembre, un garçon bénéficie d’un soutien complet, et on nous a dit qu’à cause de ça, les ressources manquent pour les autres enfants qui ont également besoin d’aide. Pourquoi?»
Des réserves quant aux troubles complexes
Dans le second volet de son enquête sur la situation des élèves à besoins spécifiques, l’OEJQS, qui a interrogé des enseignants, note que ceux qui sont spécifiquement formés s’en sortent mieux, mais «des réserves subsistent concernant les élèves présentant des troubles complexes, comme des troubles socio-émotionnels, des troubles du spectre de l’autisme ou des troubles du développement intellectuel.»
Et du côté des accompagnateurs, c’est-à-dire les personnes qui interviennent auprès d’élèves à besoins spécifiques, le constat est critique : «Les moyens humains, financiers et infrastructurels sont jugés largement insuffisants pour assurer une mise en œuvre effective et de qualité des adaptations nécessaires. Autrement dit, si les valeurs de l’inclusion sont largement partagées, sa mise en œuvre concrète suscite encore des interrogations», conclut l’Observatoire.
Le TDAH en tête
Selon le rapport de l’OEJQS publié fin octobre, parmi les élèves du fondamental et du secondaire ayant reçu un diagnostic, les besoins spécifiques les plus représentés sont :
- le TDA/H
- les troubles socio-émotionnels
- les troubles spécifiques des apprentissages
- le trouble de la parole et du langage
- le trouble du développement intellectuel
- la déficience du développement moteur
- le trouble du spectre de l’autisme
- le haut potentiel intellectuel
- la déficience visuelle
- la déficience auditive.