Habituée à soulever des montagnes, Lindsey Vonn est-elle allée trop loin? La star américaine du ski alpin s’est fracturée la jambe gauche lors de la descente des JO-2026 de Milan-Cortina dimanche, qu’elle abordait avec le genou gauche déjà très abîmé.
QUE S’EST-IL PASSÉ?
Le dernier défi de Vonn, qui rêvait à 41 ans d’ajouter un second titre olympique à son immense palmarès, s’est fracassé au bout de seulement treize secondes de course. L’Olimpia delle Tofane, l’une de ses pistes préférées où elle s’est imposée à douze reprises en Coupe du monde (sur un total de 84 succès), lui a joué un mauvais tour : la «Speed Queen» est partie à la faute sur la deuxième bosse de la piste, déséquilibrée par son bras droit qui s’est pris dans une porte.
Elle a ensuite percuté violemment la piste avec ses skis qui n’ont pas déchaussé malgré la force du choc, à la perpendiculaire.
Après une longue intervention des services de secours sur la piste, la championne olympique 2010 de descente a été héliportée jusqu’à l’hôpital de Cortina, puis transférée, de nouveau en hélicoptère, à Trévise où elle a subi «une intervention chirurgicale orthopédique pour consolider une fracture de la jambe gauche», a expliqué l’hôpital Ca’ Foncello.
Pour les autres skieuses, dont certaines en attente de leur départ ont entendu ses cris de douleur, celle qui est présentée comme l’une des meilleures skieuses de l’histoire a fait, simplement et tragiquement, une erreur dans son choix de trajectoire.
«On est dans un dévers, ça tape, on perd le contact, on ne voit pas la porte d’après, il n’y a rien d’extraordinaire, elle a juste voulu tenter un truc qui ne passe pas», estime la Française Romane Miradoli. «Il faut avoir beaucoup de vitesse en sortant de cette bosse parce que c’est super plat après, l’objectif est donc de passer le plus près possible de la porte, renchérit la Norvégienne Kajsa Vickhoff Lie. Elle a bien pris la courbe, mais elle est passée vraiment trop près de la porte.»
SA BLESSURE PEUT-ELLE EXPLIQUER SA CHUTE?
Victime d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche le 31 janvier lors de la dernière descente avant les JO, Vonn a tenté un pari, aussi bien médical que sportif, en s’élançant sur une des pistes les plus difficiles du circuit avec son genou endommagé. Mais le Dr Bertrand Sonnery-Cottet, chirurgien orthopédique consulté par des joueurs de football et autres sportifs victimes de cette blessure, ne fait a priori aucun lien entre son genou abîmé et cette chute.
De même, il écarte l’idée de compensation, pour soulager son genou blessé, dans sa position qui aurait conduit à une éventuelle erreur de trajectoire. «Après, note-t-il, on peut légitimement se poser la question de savoir si l’attelle (que Vonn portait pour consolider son genou gauche) a aggravé la fracture ou empêché une aggravation des lésions ligamentaires du genou.»
Même s’il n’a pas accès à son dossier médical, le Dr Sonnery-Cottet récuse l’idée selon laquelle Vonn, plusieurs fois blessée aux genoux dans sa carrière et donc habituée à gérer ce type de blessures, aurait été mal conseillée par ses médecins. «C’est toujours l’athlète qui décide en ayant parfaitement conscience des risques d’une telle décision. Elle a tout tenté, mais cela démontre qu’il n’y a pas de miracles ni de super-héros.»
INTERDIRE AUX SKIEURS DE PRENDRE DES RISQUES?
À la lumière du cas Vonn, certains observateurs ont suggéré qu’un skieur blessé devrait recevoir un feu vert d’un médecin indépendant avant de prendre part à une course. Une hypothèse que le président de la Fédération internationale de ski (FIS), Johan Eliasch, dit ne pas envisager : «C’est tragique, mais c’est le ski de compétition (…) Les gens qui disent qu’elle n’aurait pas dû courir ne connaissent pas Lindsey».
De retour elle même d’une grave blessure à la jambe gauche (double fracture tibia-péroné), l’Italienne Federica Brignone résume le sentiment général du monde du ski : «Personne ne peut vous dire ce que vous devez faire, c’est une décision qu’une seule personne doit prendre, l’athlète».