Phénomène du short-track et du sport italien, Arianna Fontana va disputer à 35 ans à partir de ce mardi ses sixièmes JO, ses deuxièmes à domicile : «À chaque olympiade, je me suis remise en jeu en trouvant un nouveau défi», rappelle-t-elle pour expliquer sa longévité.
Ses débuts sur la glace, à l’âge de quatre ans, n’étaient pourtant guère prometteurs. Elle se retrouve souvent sur les fesses et son premier entraîneur prévient rapidement ses parents : «Peut-être qu’il faudrait songer à lui faire faire un autre sport». Une petite trentaine d’années plus tard, Arianna Fontana est à la tête d’un des plus beaux palmarès de l’histoire de son sport, sans équivalent aux JO d’hiver pour un ou une athlète de son pays.
Depuis ses débuts olympiques à l’âge de 15 ans lors des JO-2006 de Turin, elle a en effet amassé onze médailles, dont deux en or en 500 m, sa distance de prédilection, en 2018 et 2022, quatre en argent et cinq en bronze. «Pouvoir participer pour la deuxième fois à des JO en Italie, c’est quelque chose de rare, sinon d’unique, quand on pense à tous ces sportifs et sportives qui n’ont jamais eu la chance d’y participer dans leur pays, devant leur famille et leurs amis», se réjouit la short-trackeuse qui a déjà collectionné pas moins de 18 titres européens.
Double défi
Celle qui fut porte-drapeau de l’Italie lors de la cérémonie d’ouverture des JO-2018 de Pyeongchang (Corée du Sud), et à nouveau le 6 février dernier à San Siro, n’est pas encore rassasiée. «Mon objectif, c’est d’arriver en finale dans toute les distances individuelles et dans les relais, car une fois que tu es en finale, en short-track, tout est toujours possible», souligne-t-elle.
Sa longévité dans ce sport spectaculaire, dérivé du patinage de vitesse et pratiqué sur une piste de 110 mètres en patinoire, Arianna Fontana l’explique par sa capacité à se réinventer dans ses méthodes d’entraînement et dans ses objectifs. «À chaque olympiade, je me suis remise en jeu en trouvant un nouveau défi», synthétise-t-elle.
Son défi pour les JO-2026 était sacrément relevé : elle voulait participer à la fois aux épreuves de short-track et de patinage de vitesse, cette longue piste qui se dispute sur un anneau couvert de 400 mètres. Mais une blessure fin octobre a contrarié son projet : elle a pris du retard à l’entraînement, en longue piste, et n’est pas retenue pour participer à la poursuite par équipes. Pour relever ce double défi, Arianna Fontana a passé une bonne partie des derniers mois au Canada, à Montréal et s’est entraînée avec l’équipe canadienne.
7e JO en 2030?
Sa carrière, sa vie même, se déroulent depuis longtemps loin de l’Italie : elle vit à Tallahassee, en Floride, avec un ancien patineur américain, Anthony Lobello, son mari depuis 2014, son entraîneur depuis 2017. Leur association et leurs méthodes ont créé des tensions avec la fédération italienne. Après les JO-2018, son retour dans l’équipe d’Italie après une année de pause se passe mal et les oblige à s’exiler en Hongrie l’année suivante.
Peu avant les JO-2022, elle accuse deux membres de l’équipe d’Italie de l’avoir intimidée sur la glace et fait tomber durant un entraînement trois ans auparavant. La longue et très médiatisée procédure disciplinaire de la fédération italienne qui s’en est suivie n’a débouché sur aucune sanction.
«Ma position est inchangée. Si j’avais menti ou diffamé quelqu’un, j’aurais été suspendue et cela n’est pas arrivé», lâche-t-elle, avant de regretter qu’«il y ait encore beaucoup à faire en Italie pour protéger les athlètes». Même si son parcours est loin d’être de tout repos, elle ne ferme pas la porte à une septième participation aux JO, en 2030 dans les Alpes françaises : «Je ne dis pas non, en 2014, je pensais que les JO de Sotchi étaient mes derniers et je suis encore là».