[Éliminatoires du Mondial-2026] Absente des deux dernières Coupes du monde, l’Italie ne fait plus peur à grand monde à l’heure d’affronter l’Irlande du Nord jeudi en demi-finale des barrages européens.
Le 9 juillet, l’Italie fêtera le vingtième anniversaire de son quatrième sacre mondial au terme d’une finale incandescente remportée aux tirs au but à Berlin contre la France de Zinédine Zidane (1-1 a.p., 5 tab à 3). L’anniversaire pourrait être cruel pour tout un pays si les Italiens sont une nouvelle fois réduits au rôle de lointains spectateurs de la Coupe du monde qui battra son plein aux États-Unis, au Canada et au Mexique (11 juin-19 juillet).
Arrivée deuxième de son groupe de qualifications derrière la Norvège, l’Italie peut encore voir l’Amérique, mais elle doit survivre aux barrages qui lui ont été fatals pour les éditions 2018 et 2022. Si elle bat l’Irlande du Nord jeudi, elle jouera son billet sur un match sec cinq jours plus tard, soit au pays de Galles soit en Bosnie qui s’affrontent dans l’autre demi-finale.
Il y a moins de cinq ans, la Nazionale était pourtant sur le toit de l’Europe après son triomphe à l’Euro-2021. Mais ce sacre ressemble à un trompe-l’œil pour une sélection qui, à l’exception de sa finale à l’Euro-2012 et de son titre en 2021, déçoit ses tifosi : élimination dès la phase de groupes du Mondial en 2010 et 2014, échec en 8e de finale du dernier Euro en 2024, chute au classement mondial de la FIFA jusqu’à la 21e place, en août 2018 (l’Italie est aujourd’hui 13e).
Une formation à réformer
«Les résultats d’aujourd’hui remontent à il y a vingt ans, à l’époque où nous nous reposions sur nos forces, sur les Buffon, Cannavaro et Totti, en pensant qu’ils seraient éternels, estimait récemment l’ancien gardien de but et désormais manager de la Nazionale, Gianluigi Buffon. Déjà à ce moment-là, il fallait repenser les modèles techniques et tactiques, mais nous avons été des cigales.»
«Le football des vingt, trente dernières années a changé, a renchéri dans un entretien au Corriere dello Sport le président de la fédération italienne, Gabriele Gravina. Ce n’est plus le football technique dans lequel nous étions les maîtres. Il est maintenant toujours technique, mais la vitesse et surtout le physique ont pris le dessus.»
Successivement porté à travers les époques par les Giuseppe Meazza, Gianni Rivera, Paolo Rossi ou Roberto Baggio, le football italien n’arriverait plus à produire des talents générationnels comparables à Kylian Mbappé ou Lamine Yamal. «Ce n’est pas vrai qu’il n’y a plus de talents en Italie, objectait récemment dans un entretien au Corriere della Serra l’ancien sélectionneur Cesare Prandelli (2010-14). C’est juste qu’on les cultive de la pire des façons.»
Selon Prandelli, le problème du «calcio», c’est la formation. «S’il y a dix ans, on avait eu la chance d’avoir un talent comme Lamine Yamal, on l’aurait fait fuir, estime celui qui est devenu en 2025 le premier directeur technique du football italien. Nos entraîneurs lui auraient retiré la joie de jouer et de s’amuser en le saoûlant avec des schémas de jeu ou avec l’occupation du terrain.» Pour Buffon, «il faut repartir de tout en bas, c’est entre sept et treize ans qu’on peut avoir un vrai impact». À condition que le travail de formation trouve une certaine continuité.
Trop peu d’Italiens en Serie A
Car pour Gabriele Gravina comme pour l’ancien entraîneur Fabio Capello (ex-AC Milan, Real Madrid, Juventus, Angleterre…), la sélection souffre car la Serie A préfère des joueurs étrangers aux joueurs italiens. «Les propriétaires étrangers des clubs italiens voient la Nazionale comme une nuisance», a récemment regretté le patron du football italien.
«Jusque dans les années 2010, les meilleurs joueurs du monde venaient dans notre championnat et servaient d’exemple à nos joueurs qui pouvaient ainsi progresser, expliquait la semaine dernière Capello à La Gazzetta dello Sport. Aujourd’hui, les Italiens sont moins nombreux à jouer en Serie A et les étrangers qui occupent leurs places, sont de niveau modeste.» Les chiffres lui donnent raison : seulement 33 % des joueurs évoluant en Serie A cette saison sont potentiellement sélectionnables pour la Nazionale.
Dans le top 5 des championnats européens, seule la Premier League anglais utilise moins de joueurs «locaux» (29,2 %) quand la Ligue 1 et la Bundesliga sont plus «protectionnistes», avec respectivement 37,5% de joueurs français et 41,5% de joueurs allemands. «Cela ne sert à rien de se lamenter contre quelque chose contre lequel on ne peut rien», a toutefois balayé le sélectionneur Gennaro Gattuso, qui a fait appel à 22 joueurs évoluant en Serie A (sur 28) pour ces barrages.