CHAMPIONNATS DU MONDE L’Américain a créé la surprise en s’imposant dimanche à Montréal où la course élite a été vraiment dingue.
«Je ne sais pas, je ne sais pas, j’étais mort… Je savais qu’il fallait un miracle pour que je sois champion du monde.» Avec sa tête de jeune vieux qui ne fait pas vraiment ses 28 ans malgré sa chevelure peroxydée et sa fine moustache, Brandon McNulty avait bien du mal à rembobiner le film de son sacre. Oui, l’Américain, très grand rouleur, d’ailleurs quatrième du chrono de ces Mondiaux de Montréal quelques jours plus tôt, est le vainqueur-surprise de ces Mondiaux ultrasélectifs où on n’attendait un peu benoîtement qu’un grand nom seulement pour succéder à Tadej Pogacar.
D’ailleurs, c’est un peu comme si Tadej Pogacar, absent donc pour cause de blessure, s’était imposé par procuration dimanche à Montréal pour la troisième fois consécutive. Car le Slovène va pouvoir de nouveau être très proche en 2027 du maillot arc-en-ciel, qui sera donc porté par son fidèle équipier américain, Brandon McNulty, toujours à son aise au Canada.
Ainsi, l’an passé, après s’être imposé dans le Tour de Luxembourg, ce même McNulty s’était imposé dans le Grand Prix de Montréal, il est vrai avec la complicité de son leader, le fameux «Pogi», lequel a bien dû se marrer devant son écran de télévision.
Car en plus du succès d’un de ses coéquipiers à l’année de son équipe UAE, la course a dû lui plaire. Elle a été folle. Débridée. Presque impossible à suivre tant les retournements de situation ont électrisé le final échevelé sur le merveilleux circuit de Montréal. On crut prématurément que Mathieu Van der Poel serait le grand bonhomme de ces Mondiaux une semaine après son échappée dingue du Skoda Tour. Il l’a été à sa façon, en administrant la première charge à cent kilomètres de l’arrivée, puis bien plus sûrement encore trente bornes plus loin, où il emmena le Danois Charmig, le vaillant et étonnant Primoz Roglic et l’Américain Oscar Onley. On pensait tenir là le fait majeur de ces Mondiaux. Avec un quatuor qui irait loin…
Multiples renversements de situation

Dans un premier temps, c’est l’équipe de France qui a pris les choses en main dans un Mondial rempli de suspense. (Photo : AFP)
Erreur. Dans ces championnats du monde complètement dingues, il ne fallait jamais enterrer les coureurs piégés, qui finiraient par revenir pour mieux effacer leur ardoise. Et attaquer un peu plus loin. Même les concurrents momentanément lâchés finiraient par entretenir un suspense fou, et ceci jusqu’à la fin de la course!
Impossible ici de recenser tous les faits de courses, innombrables, incessants dans les trois derniers tours de circuit, une fois que Mathieu Van der Poel dut admettre qu’il n’irait pas au bout (même s’il attaqua encore pour la beauté du geste et aussi, parce qu’on ne sait jamais, à environ dix kilomètres de l’arrivée) et une fois que Wout van Aert eut compris qu’il n’avait pas les jambes et finirait par rouler un très court instant pour Remco Evenepoel, pour le moins poussif. C’était la principale info de ces championnats du monde au scénario de doux dingue : le grand favori belge n’était pas aussi puissant que voulu. «Ce sont toujours les plus forts qui gagnent et, personnellement, je n’étais pas dans une grande journée», finira-t-il par concéder, grand seigneur sur ce coup.
Jusqu’au bout, on n’y voyait rien. Sauf que Brandon McNulty, lancé guidon en avant à trente bornes du but, continuait de se cracher dans les pognes avec la complicité de son compatriote Matteo Jorgenson, le meilleur chien de garde qu’on puisse connaître. L’autre Américain, Quinn Simmons, qu’on avait vu flinguer comme toujours à tout va, restait toujours à l’affût, au cas où!
Le Mexicain Isaac Del Toro aurait fait un beau champion du monde, mais sans doute a-t-il été trop prodigue de ses efforts ou parfois trop distant de l’avant de la course. Paul Seixas, le Français qui le suivait comme son ombre, aura fini par sombrer, perclus de crampes. C’est le métier qui rentre. L’Anglais Tom Pidcock, victime d’une chute en début de course, fut sur le final le plus entreprenant et finirait mal payé en dépit «de très bonnes jambes». On crut aussi que l’Italien Giulio Ciccone, merveilleusement tranchant, pourrait faire basculer le Mondial. En vain.
Si Brandon McNulty savourait son magnifique succès, l’Australien Michael Matthews, increvable, et le Néerlandais Mathieu Van der Poel, insaisissable, complétaient le podium d’une édition en haute définition dont on se souviendra sûrement très longtemps.
De son côté, Arno Wallenborn, le seul coureur luxembourgeois au départ, a été lâché une première fois à environ 120 kilomètres de l’arrivée, au moment où on a vu les premiers leaders dévisser, à l’instar d’Enric Mas, Joao Almeida ou Ben O’Connor. Arno Wallenborn est revenu une fois dans le peloton. Mais ce n’était évidemment que partie remise. Il n’en demeure pas moins qu’avec ses moyens, il s’est bien accroché.
1. Brandon McNulty (USA) les 273,4 km en 6 h 17’04 (moy. : 43,5 km/h); 2. Michael Matthews (AUS) à 13 sec; 3. Mathieu Van der Poel (NED); 4. Quinn Simmons (USA) tmt; 5. Isaac Del Toro (MEX); 6. Mads Pedersen (DEN); 7. Tom Pidcock (GBR); 8. Matteo Jorgenson (USA); 9. Giulio Ciccone (ITA); 10. Ben Healy (IRL) tmt; 11. Mauro Schmid (SUI) 22; 12. Remco Evenepoel (BEL) 25; 13. Juan Ayuso (ESP) 2’08; 14. Stefan Küng (SUI) 2’19; 15. Paul Seixas (FRA) 2’47; 16. Jørgen Nordhagen (NOR) 3’09; 17. Oscar Onley (GBR) mt; 18. Cristian Scaroni (ITA) 3’12; 19. Mikkel Honoré (DEN) 3’14; 20. Davide Piganzoli (ITA) 3’20; 21. Primoz Roglic (SLO) 3’29… 28. Wout van Aert (BEL) 5’11.