Kenzo, le jeune Luxembourgeois grièvement blessé lors de la fusillade de Villerupt en 2023, a témoigné au procès du tireur.
Il arrive à la barre en fauteuil roulant, au deuxième jour du procès de l’homme accusé d’avoir blessé par balles cinq personnes, dont trois grièvement : Kenzo, la plus jeune victime de la fusillade de Villerupt, en 2023, a témoigné mercredi devant la cour d’assises à Nancy. Le jeune homme est de nationalité luxembourgeoise.
À l’audience, des photos défilent sur les écrans. On y voit l’avant, les images d’un «beau bébé», comme il s’autodécrit, mesurant 1,85 m pour 85 kg, en tenue de football. Celui qui jouait milieu défensif était reconnu pour ses talents au ballon rond. Puis l’après : le même sur un lit d’hôpital, les bosses sur son crâne rasé, une impressionnante cicatrice.
«On voit un contraste particulièrement impressionnant entre l’avant et l’après», glisse le président de la cour, Paul Hiernard. L’exercice est difficile et le silence absolu dans la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle, lorsque Kenzo raconte «le coma» pendant lequel il faisait «des rêves». Puis les sanglots le rattrapent lorsqu’il évoque son réveil, sa mère auprès de lui : «Je vois des machines, je suis recouvert de patchs, ma mère ne faisait que pleurer. Elle croyait que j’étais mort.»
Il est la plus jeune victime de la fusillade de Villerupt. Âgé de 17 ans à l’époque, 20 aujourd’hui, il a aussi été le plus lourdement blessé, ayant reçu «une balle d’arme de guerre dans la tête», comme l’avait rappelé plus tôt son avocat, Thomas Kremser.
«Miraculé»
Ce dernier l’a qualifié de «miraculé». «C’est rare», a confirmé le médecin légiste devant la cour. Il garde néanmoins d’importantes séquelles. «Je ne peux plus marcher, plus faire de sport (…) J’ai perdu trois ans de scolarité et d’emploi (…) Je n’ai pas d’avenir», répète-t-il entre deux sanglots.
Il ne se souvient pas de la fusillade du 13 mai 2023, mais n’a pas de doute sur le fait que l’accusé, Abdelkrim Bellot, 40 ans, qui comparaît pour «tentative d’assassinat», est bien le tireur. Celui-ci lui a assuré ne pas l’être, en le regardant «droit dans les yeux», à l’audience. «Je suis mal à l’aise face à la souffrance d’un être humain», a déclaré l’accusé. «Je suis touché par tout ce qui est arrivé à Kenzo, mais c’est impossible de te dire que c’est moi alors que ce n’est pas moi».
Durant l’enquête, l’accusé avait reconnu être à l’origine des tirs – une vingtaine – et expliqué qu’il avait voulu venger l’humiliation d’un de ses frères, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Au premier jour de son procès, il est cependant revenu sur ses déclarations, ne reconnaissant «pas avoir tiré ni avoir eu l’arme entre les mains».
Kenzo, lui, a tenu à dire que l’endroit où ont été commis les faits n’est pas qu’un point de deal, «mais aussi un lieu de rencontre» où il retrouvait parfois des amis. Ce samedi-là, il «attendait le bus» pour aller voir un match de football.
Comme un «attentat»
«J’ai cru à un attentat», avait raconté un peu plus tôt une habitante de Villerupt, qui a assisté à l’arrivée du tireur alors qu’elle attendait son bus. En cette fin d’après-midi ensoleillée, cette femme aujourd’hui âgée de 41 ans a dit avoir vu un homme vêtu de noir, visage cagoulé, débarquer sur la place centrale de la ville, à hauteur du porche d’un immeuble connu pour abriter un point de deal.
«J’ai bloqué sur l’arme qu’il avait dans les mains», une «arme longue», s’est-elle souvenue. «J’ai crié, j’ai eu peur, j’ai pris mon fils, je suis partie en courant au commissariat» à quelques dizaines de mètres, a-t-elle raconté. «Pour un néophyte, on pourrait croire au compte rendu d’un attentat», a demandé le président de la cour au médecin légiste. «On a vu des attentats avec des armes du même type», a-t-il répondu.
Le verdict est normalement attendu vendredi, mais pourrait intervenir dès ce jeudi.