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Un chercheur français libéré par la Russie


Chercheur spécialiste de l'espace postsoviétique, Laurent Vinatier, 49 ans, travaillait au moment de son arrestation pour le Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG suisse. (Photo : afp)

Le chercheur Laurent Vinatier a été libéré par Moscou et a pu rentrer à Paris. Il a été échangé contre un basketteur russe incarcéré en France suspecté d’être un hacker.

Le chercheur français Laurent Vinatier, emprisonné en Russie depuis juin 2024, a été libéré et est rentré à Paris jeudi, en échange de la libération et du retour en Russie du basketteur russe Daniil Kasatkin, qui était réclamé par la justice américaine. Cette libération intervient alors que Paris et Moscou ont récemment manifesté leur intérêt d’un contact direct au sommet, sur fond de guerre en Ukraine. En décembre, le Kremlin avait fait savoir que Vladimir Poutine était prêt à parler à Emmanuel Macron, répondant à des déclarations en ce sens du président français.

Laurent Vinatier est arrivé en début d’après-midi à la base militaire de Villacoublay, près de Paris, avant d’être accueilli avec ses parents au ministère français des Affaires étrangères où il a échangé avec le chef de la diplomatie, Jean-Noël Barrot. «Je partage le soulagement de sa famille et de ses proches», a immédiatement réagi le président, Emmanuel Macron, sur le réseau social X, en saluant la «mobilisation» des agents diplomatiques. Le service de sécurité russe (FSB) avait précisé plus tôt que le chercheur avait été libéré en échange du basketteur, détenu en France depuis juin dernier à la demande de la justice américaine, qui le soupçonne d’être membre d’un groupe de hackers.

«C’est un immense soulagement», a commenté l’avocat des parents du chercheur, Me Frédéric Bélot. Les relations bilatérales sont fortement dégradées depuis l’invasion russe de l’Ukraine : Paris accuse les autorités russes d’actes de déstabilisation tandis que le Kremlin reproche à la France son soutien à Kiev ou encore de censurer les médias russes. Fin décembre, la possibilité que Laurent Vinatier soit échangé avait néanmoins été évoquée après que Moscou avait déclaré avoir fait une «proposition» à la France dans cette affaire.

Dans un communiqué, le FSB a annoncé que Daniil Kasatkin était rentré jeudi en Russie et avait été «échangé» contre Laurent Vinatier. Peu après, il a diffusé une vidéo de la libération de Laurent Vinatier. On y voit le chercheur écouter un homme lire un document lui annonçant sa grâce par le président, Vladimir Poutine, avant de rejoindre un avion duquel le basketteur Daniil Kasatkin est sorti.

Accusations d’espionnage

Chercheur spécialiste de l’espace postsoviétique, Laurent Vinatier, 49 ans, travaillait au moment de son arrestation pour le Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG suisse qui fait de la médiation dans des conflits hors des circuits diplomatiques officiels, notamment s’agissant de l’Ukraine. Cette ONG a souligné jeudi qu’elle «tient à remercier toutes les parties prenantes pour leurs efforts et exprime son profond soulagement de voir Laurent retrouver ses proches».

S’agissant de Daniil Kasatkin, la justice française avait donné fin octobre un avis favorable à son extradition, mais finalement «il n’y a pas eu de décret d’extradition vers les États-Unis du Premier ministre» français, a expliqué Me Frédéric Bélot, son avocat. Washington a été informé par Paris du retour du basketteur en Russie, selon une source ayant connaissance du dossier. En juin 2024, Laurent Vinatier avait été arrêté en Russie puis condamné à trois ans de prison pour ne s’être pas enregistré en tant qu’«agent de l’étranger». L’intéressé avait dit ignorer que c’était obligatoire dans son cas. Même s’il n’avait pas été déclaré officiellement «agent de l’étranger» par Moscou, il aurait dû se signaler comme tel car, selon la justice russe, il collectait des «informations militaires» pouvant être «utilisées contre la sécurité» de la Russie.

En août dernier, il avait comparu cette fois dans le cadre d’une affaire bien plus grave pour «espionnage», un crime passible de 20 ans de prison en Russie et qui faisait craindre une très lourde condamnation supplémentaire. Après cette audience à huis clos, il avait déclaré être «fatigué» et avait répondu «oui» lorsqu’une journaliste lui avait demandé s’il s’estimait «otage» du pouvoir russe.

Moscou a arrêté plusieurs ressortissants occidentaux pour divers motifs, dont «espionnage», depuis le lancement de l’attaque à grande échelle contre l’Ukraine en février 2022, et a procédé à des échanges de prisonniers avec les États-Unis.

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