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Nucléaire : Téhéran veut finalement discuter


La peuple iranien vit entre répression sanglante et menace de guerre. (Photo : afp)

Le régime des mollahs a annoncé être prêt à discuter avec Washington après une semaine d’échanges violents et de menaces.

Au lendemain d’avertissements sur le risque d’une «guerre régionale», l’Iran a appelé lundi à l’ouverture de discussions avec Washington sur le dossier nucléaire, Donald Trump se disant pour sa part confiant sur la possibilité d’un accord.

«Le président Massoud Pezeshkian a ordonné l’ouverture de pourparlers avec les États-Unis», écrit l’agence de presse Fars, citant une source gouvernementale, sans préciser de date. La pression s’accentue depuis début janvier sur Téhéran, après la répression dans le sang de la contestation, initialement contre le coût de la vie, mais qui s’est transformée en mouvement de défiance envers la République islamique mise en place en 1979.

Après avoir fait planer la menace d’une intervention militaire et envoyé une dizaine de navires dans le Golfe, le président américain a dit, dimanche, espérer «trouver un accord» avec l’Iran. «Les pays de la région servent de médiateurs pour l’échange de messages», a expliqué lundi le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, alors que l’Iran et les États-Unis n’ont plus de relations diplomatiques depuis quatre décennies. Des consultations ont ainsi eu lieu avec l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie.

«Nous examinons et finalisons les détails de chaque étape du processus diplomatique, que nous espérons conclure dans les prochains jours. Cela concerne la méthode et le cadre de travail», a ajouté le porte-parole. Téhéran a démenti avoir reçu une échéance de la part de Donald Trump : l’Iran «n’accepte jamais d’ultimatum», a réagi Esmaïl Baghaï.

«Pas d’armes nucléaires»

La veille, prenant la parole pour la première fois en deux semaines, le guide suprême iranien, Ali Khamenei, avait mis en garde contre une «guerre régionale». Selon l’agence Tasnim, citant une source bien informée, le lieu et la date n’ont pas encore été fixés, mais les discussions se dérouleront probablement au niveau d’Abbas Araghchi et Steve Witkoff, respectivement chef de la diplomatie iranienne et émissaire américain. Des négociations entre les deux pays ennemis s’étaient tenues au printemps 2025, avant la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël, mais elles avaient notamment achoppé sur la question de l’enrichissement d’uranium.

Les États-Unis demandaient que l’Iran y renonce totalement, ce à quoi Téhéran se refuse, défendant ce qu’il dit être son droit en vertu du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont il est signataire. «Le président Trump dit pas d’armes nucléaires et nous sommes tout à fait d’accord avec ce point. (…) Bien sûr, en contrepartie, nous attendons une levée des sanctions. Cet accord est donc possible. Ne parlons pas de choses impossibles», avait insisté dimanche sur CNN Abbas Araghchi. La République islamique est soupçonnée par les Occidentaux de vouloir se doter de l’arme atomique, ce qu’elle dément.

Arrestation d’étrangers

À Téhéran pendant ce temps, la répression se poursuit : quatre ressortissants étrangers, dont la nationalité n’a pas été précisée, ont été arrêtés pour «participation aux émeutes», selon la télévision d’État. D’après l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), établie aux États-Unis, plus de 42 000 personnes ont été arrêtées lors du mouvement. Elle a par ailleurs pu confirmer 6 842 morts, dont une majorité de manifestants. Mais le nombre de morts pourrait être bien plus élevé, avec plus de 17 000 décès en cours d’examen.

Les autorités iraniennes reconnaissent la mort de milliers de personnes, mais affirment que la grande majorité étaient des forces de sécurité ou passants tués par des «terroristes». Une opération orchestrée selon Téhéran par les États-Unis et Israël, ses ennemis. La présidence a publié les noms de 2 986 personnes tuées, sur une liste de 3 117 morts. Les 131 restants n’ont pas encore été identifiés, selon un communiqué.

Côté européen, les ambassadeurs en poste à Téhéran ont été convoqués après la désignation la semaine dernière des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique accusée d’avoir orchestré la répression du mouvement, comme organisation «terroriste». Ces convocations sont «une mesure minimale» avant l’annonce prochaine d’autres représailles, a averti lundi Esmaïl Baghaï.

Téhéran a par ailleurs fustigé les propos du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a estimé dimanche que l’Iran devait «se résoudre à des concessions majeures» dans le cadre des négociations. «La France n’a aucune légitimité, ni légale ni morale, pour intervenir ou commenter un processus diplomatique», a lancé le porte-parole iranien.

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