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Massacrés pour avoir refusé l’idéologie jihadiste


Soixante-quinze corps ont été enterrés jeudi selon les rites islamiques mais d'autres victimes, non musulmanes, complètent le lourd bilan. (Photo : afp)

Entre 75 et 162 personnes ont été tuées mardi lors d’une attaque attribuée à des jihadistes contre le village de Woro, dans le centre-ouest du Nigeria. Après l’effroi, les habitants tentent de raconter le drame.

«Ils ont tué deux de mes fils devant ma maison et enlevé ma seconde femme et trois de nos filles», confie encore traumatisé Umar Bio Salihu, chef du village de Woro, dans le centre-ouest du Nigeria, au lendemain du massacre de plus d’une centaine de personnes par des jihadistes présumés.

Réfugié dans la petite ville voisine de Kaiama, dans l’État de Kwara, où il a une maison, le témoin raconte la nuit d’horreur qu’il vient de vivre au cours d’une des pires tueries commises dans le pays depuis plusieurs mois. L’État de Kwara est en proie à une forte insécurité entre pillages de bandes armées et une menace jihadiste en augmentation, avec des groupes actifs dans le nord-ouest du pays qui étendent leur champ d’action vers le sud.

Cent soixante-deux morts, selon la Croix Rouge

Mardi, «vers 17 h, les criminels sont arrivés et ont commencé à tirer, ils me cherchaient mais ne m’ont pas trouvé chez moi car j’étais dehors, je me suis caché dans une maison et j’ai entendu les tirs», déclare jeudi Umar Bio Salihu, son chapelet à la main.

L’assaut, selon lui, a duré jusqu’à 3 h. «Au lever du jour, il y avait trop de corps partout», dit-il avec émotion. «Toutes les boutiques le long de la route ont été incendiées» et «des gens ont été brûlés vifs à l’intérieur de leurs maisons», poursuit le chef de Woro, petite communauté rurale et musulmane de quelques milliers d’habitants à la frontière de l’État du Niger, près des forêts réputées abriter jihadistes et gangs armés.

Selon des chiffres communiqués mercredi par la Croix Rouge, au moins 162 cadavres auraient été décomptés. Le gouverneur de l’État de Kwara a donné un bilan de 75 morts. Le chef de Woro affirme de son côté que «75 corps ont été enterrés hier» selon les rites islamiques, les victimes étant musulmanes, mais que d’autres seront enterrées jeudi, sans toutefois pouvoir en préciser le nombre.

«Femmes et enfants enlevés»

Selon Sa’idu Baba Ahmed, membre de l’assemblée locale, «78 personnes ont été enterrées hier» mais «encore plus de corps sont encore en train d’être retrouvés dans la brousse», a-t-il dit jeudi matin. «Trente-huit personnes, surtout des femmes et des enfants, ont été enlevés par les assassins», ajoute-t-il.

Qualifiant l’attaque de «lâche et bestiale», le président nigérian, Bola Ahmed Tinubu, a ordonné le déploiement d’un bataillon de l’armée dans la circonscription de Kaiama. Il a attribué l’attaque à «Boko Haram», un terme souvent générique pour désigner les jihadistes de toutes mouvances.

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a affirmé en octobre avoir mené sa première attaque sur le sol nigérian dans cet État, tout près de Woro. Le Nigeria, pays le plus peuplé et premier producteur de pétrole d’Afrique, fait face depuis 2009 à une insurrection jihadiste dans le nord-est menée par Boko Haram et son rival l’État islamique en Afrique de l’Ouest.

Des groupes armés criminels sévissent aussi dans le nord-ouest et le centre-nord, auxquels se sont ajoutés des mouvements jihadistes locaux comme Lakurawa et Mahmuda.

Chrétiens et musulmans victimes

Des chercheurs ont récemment établi un lien entre certains membres de Lakurawa – le principal groupe jihadiste basé dans l’État de Sokoto (nord) – et l’État islamique au Sahel (EISS), actif au Niger voisin.

«Ils nous ont envoyé une lettre pour nous prévenir qu’ils allaient venir prêcher» à Woro, explique Umar Bio Salihu, mais «la communauté n’est pas prête à accepter leur idéologie». À la réception de cette lettre, le cinquantenaire a prévenu les services de sécurité locaux. «Je pense que c’est ce qui les a rendus furieux et les a fait venir pour tuer des gens», suppose-t-il.

Les jihadistes du Nigeria sont devenus une source de préoccupation pour les États-Unis après que le président Donald Trump a affirmé que les chrétiens du Nigeria étaient «persécutés» et victimes d’un «génocide» perpétré par des «terroristes».

Abuja et la majorité des experts ont fermement nié ces affirmations, soulignant que les violences touchent indifféremment chrétiens et musulmans dans le pays. Depuis plusieurs semaines, les deux pays ont décidé de renforcer leur coopération militaire à la suite des pressions diplomatiques exercées par Washington sur Abuja concernant les violences commises par des jihadistes et d’autres groupes armés.

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