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Le pétrole s’envole, les marchés reculent alors que l’Iran vante son nouveau guide


Des milliers de personnes se sont rassemblées sur une place de Téhéran lundi pour soutenir le nouveau guide. (Photo : afp)

Les cours des hydrocarbures s’envolent et les marchés reculent lundi, nourrissant des craintes de crise économique majeure après la désignation, dans un Iran en pleine guerre, de Mojtaba Khamenei comme guide suprême pour succéder à son père.

La République islamique, attaquée par les Etats-Unis et Israël il y a dix jours, poursuit ses attaques contre Israël et les infrastructures des pays du Golfe, riches en hydrocarbures et qui abritent des bases militaires américaines.Une frappe a ainsi provoqué un incendie dans le complexe de raffinage d’Al-Maameer, à Bahreïn, selon un média d’Etat.

Et entre blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), dommages aux infrastructures énergétiques et craintes sur la stabilité de la région, les marchés souffrent.

En Europe, Paris, Francfort et Londres perdaient entre 1 % et 2 % à la mi-journée. En Asie, Tokyo a clôturé sur un plongeon de quelque 5% tandis que Séoul dévissait de 6 %.

Le prix du baril a brièvement dépassé les 118 dollars, au plus haut depuis l’été 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Depuis le début de la guerre le 28 février, le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence du marché américain, a enregistré une hausse de 70 %, du jamais vu sur une période aussi courte.

Les ministres des Finances des puissances du G7 se réunissent en visioconférence lundi à 12 h 30. Le recours aux réserves stratégiques de pétrole est une « option envisagée », selon une source de l’exécutif français.

Donald Trump considère que la guerre – dont l’objectif de départ est de priver l’Iran de toute capacité à fabriquer l’arme nucléaire – représente un « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde ».

« Celui que l’ennemi déteste »

Téhéran, de son côté, multiplie les signes de défiance, ignorant les propos du président américain qui réclamait vendredi sa « capitulation ».

Le choix du fils de l’ayatollah Ali Khamenei, tué il y a dix jours par l’offensive américano-israélienne, est en lui-même explicite.

Présenté par Israël et les Etats-Unis comme à genoux, l’Iran envoie « un signal d’extrême fermeté et de fuite en avant, à la population iranienne, aux voisins de l’Iran, mais aussi à ses alliés » de la région pour « les encourager à poursuivre la lutte », analyse Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES).

Mojtaba Khamenei, un religieux de 56 ans, est proche des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique. Et l’Assemblée des experts a assuré « ne pas avoir hésité une minute » à le désigner. Les Gardiens, les forces armées, la police et la diplomatie lui ont immédiatement prêté allégeance.

Sa désignation « a réduit au désespoir les ennemis hostiles et bellicistes » de l’Iran, a déclaré sur X le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ari Larijani.

« Celui que loue l’ennemi (…) ne doit pas être soutenu », a fait valoir dans une vidéo Mohsen Heydari, représentant d’une province de l’ouest du pays à l’Assemblée des experts. « Celui que l’ennemi déteste est assurément dans l’intérêt de l’Iran et de l’islam ».

Chez les alliés régionaux de l’Iran, les rebelles houthis du Yémen et trois factions armées irakiennes pro-Téhéran ont salué le nouveau guide. Le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais n’ont en revanche pas communiqué.

En Iran, les médias officiels ont montré dès dimanche des scènes de liesse. Et des milliers de personnes se sont rassemblées sur une place de Téhéran lundi pour soutenir le nouveau guide.

Mais l’entrée en fonction de Mojtaba Khamenei est des plus contraintes. Israël avait annoncé dès mercredi que le nouveau guide suprême serait « une cible ».

Et Donald Trump a prévenu qu’un nouveau leader « ne (tiendrait) pas longtemps » sans son aval. « Il est probable qu’il ne survive pas longtemps au ciblage prioritaire des Etats-Unis et d’Israël », pronostique à cet égard Pierre Razoux.

« Soutien indéfectible » de Poutine

A l’étranger, le président russe Vladimir Poutine, allié de Téhéran, a assuré Mojtaba Khamenei de son « soutien indéfectible ». Opposé à toute action étrangère contre lui, Pékin a en revanche décrit sobrement une décision « conforme » à la Constitution iranienne.

Dans la nuit, l’armée israélienne a annoncé des frappes visant des bases de lancement de missiles, des centres de commandement des Gardiens de la Révolution et de la police, ainsi qu’une usine de moteurs de fusées. Avant de communiquer sur une attaque « de grande ampleur » sur Téhéran, Ispahan (centre) et le sud du pays.

Elle vise aussi les infrastructures pétrolières ennemies, pour affaiblir encore une économie déjà exsangue. Des dépôts de carburant à Téhéran ont été touchés, provoquant une épaisse fumée noire qui a plongé dimanche la capitale dans une obscurité aux allures d’apocalypse.

« L’air est devenu irrespirable », a témoigné une habitante jointe par téléphone depuis Paris. « Nous ne voulons pas qu’ils bombardent nos richesses nationales pour nous rendre encore plus pauvres que nous ne le sommes déjà ».

En riposte, une salve de missiles iraniens sur le centre d’Israël a fait un mort, selon les secours.

Un drone iranien a blessé 32 civils, dont quatre grièvement, à Sitra, au Bahreïn, selon le ministère de la Santé. L’Arabie saoudite a annoncé l’interception de quatre drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah (sud-est), déjà attaqué dimanche.

Un second missile tiré depuis l’Iran a été détruit par l’Otan dans l’espace aérien turc, a affirmé lundi le ministère turc de la Défense. « Des fragments du missile sont retombés dans des champs à Gaziantep. L’incident n’a fait ni victime, ni blessé ».

Aucun des deux camps ne joue l’apaisement. Dans une interview dimanche au Times of Israel, Donald Trump a assuré que l’arrêt des hostilités se ferait par décision « mutuelle » avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Au Liban, aspiré par la guerre depuis le premier jour, Israël a annoncé avoir repris ses frappes sur des « infrastructures du Hezbollah » pro-iranien à Beyrouth.

L’aviation israélienne a mené une nouvelle frappe lundi matin sur la banlieue sud de Beyrouth, selon l’Agence nationale d’information (Ani, officielle) et les images de l’AFPTV.

Un porte-parole de l’armée israélienne avait averti qu’elle frapperait la société financière Al-Qard Al-Hassan, liée au Hezbollah.

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